Excepté le pur hasard ou la main invisible d'Adam Smith, la Banque Centrale du Congo disposerait-elle d'un quelconque mécanisme pour infléchir le cours de change ?


Jusqu'à ce que je mette mon doigt dans chacune des cinq plaies de Jésus, je ne crois pas. Tenez. La politique "monétaire" de la BCC repose sur de faux postulats. Je m'en vais en citer quelques-uns, mais la liste est longue.
1. Le postulat de la neutralité de la monnaie, pourtant battu en brèche par Keynes. La BCC n'ose pas l'affirmer à haute voix, mais elle reste accrochée irréductiblement aux fondamentaux de la théorie quantitative de la monnaie. Pour elle, et c'est le crime de la planche à billets, toute augmentation de la quantité de monnaie (par exemple pour financer le déficit du Trésor) engendre nécessairement l'inflation. Autrement dit, la monnaie congolaise reste inscrite dans la liste classique des monnaies neutres du temps d'Irving Fisher. Ce n'est qu'un voile. Seule compte la production des biens qui, seule, peut donner de la valeur à la monnaie. Si vous vous souciez de la valeur de votre monnaie, allez augmenter la production des biens. Point barre. Si vous ne savez pas comment, cherchez les investisseurs étrangers : ils ont des devises. La BCC n'a rien à y faire. Circulez.
2. Le postulat de la rareté de la monnaie. Selon la BCC, il faut que la bonne monnaie chasse la mauvaise de la circulation. Mais c'est tout le contraire de l'observation intelligente coulée en forme de loi, par Gresham qui dit : "la mauvaise monnaie chasse la bonne de la circulation". Pour la BCC, la libre entrée, la libre détention et la libre circulation des devises étrangères sont essentielles pour la bonne tenue de la monnaie nationale qui, grâce à sa rareté, peut améliorer sa valeur interne et externe. Du coup, le dollar américain s'octroie plus de 95% des parts du marché dans l'économie nationale. Pourquoi la BCC se donnerait-elle la peine pour la valeur d'une monnaie qui, en réalité, ne représente même pas 5% des transactions nationales, une monnaie mauvaise chassée de la circulation sur son propre territoire par de bonnes monnaies étrangères suivant la politique des changes de la BCC ? Pour elle, il faut simplement augmenter le matelas des devises par l'aumône ou par le commerce, et ce n'est pas de sa responsabilité. Circulez.
3. Le postulat de l'antériorité des finances publiques. Pour la BCC, enfin, Colbert se serait trompé dans son principe : "faites-moi de la bonne monnaie, je vous ferai de bonnes finances". Cette relation de cause à effet judicieusement établie depuis des siècles, n'est pas validée par la BCC qui estime, à l'inverse, que c'est de la bonne gestion des finances publiques que dépend la bonne tenue de la monnaie nationale. Autrement dit, la valeur de la monnaie n'est pas le produit de la politique monétaire, mais la conséquence inéluctable de la gestion des finances publiques.
Donc, c'est la politique budgétaire qui est en cause, selon la BCC, si la monnaie perd de sa valeur. Augmentez vos impôts, diminuez vos dépenses et foutez-nous la paix, dit la BCC. Etc.
Je peux aller plus loin dans l'analyse de la politique monétaire selon la BCC, mais ces 3 cas suffisent. Vous trouverez plus de détails dans mon livre : "Les dilemmes de la Banque Centrale du Congo: Entropie - Inflation", 354 pages.
Nous sommes ainsi comme dans une église dont le Pasteur est un inconvertible athée forcé à nous prêcher l'évangile. Je me demande combien d'âmes seront sauvées. Continuez de croire, moi j'attends de voir les 5 plaies de kimona meso.

Michel Nsomue

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