Outre les tensions avec Kigali et la présidentielle de 2023, le secrétaire d’État américain a discuté partenariats économiques stratégiques, appui au commerce et investissements avec les autorités congolaises. Après l’Afrique du Sud, Antony Blinken était à Kinshasa ces 9 et 10 août pour la deuxième étape de sa tournée africaine qui l’a ensuite conduit au Rwanda. Principal objectif de son escale congolaise ? Consolider les liens établis avec ce pays depuis les années 1960, alors que le rival chinois y est bien implanté et que l’influence russe se renforce un peu partout sur le continent.

Il faut dire que les intérêts économiques y sont nombreux, notamment à cause des mines de cobalt, de coltan ou de cuivre, qui demandent des investissements et un appui commercial stratégique. En un peu moins de 48 heures, Antony Blinken a eu l’occasion de rencontrer le président Félix Tshisekedi, mais aussi plusieurs responsables du gouvernement et des membres de la société civile. Même si les discussions sont notamment portées sur le conflit opposant Kinshasa à Kigali autour de la question des M23, plusieurs sujets économiques ont été abordés.
D’après la déclaration officielle du chef de la diplomatie congolaise Christophe Lutundula, les finances et l’économie, et plus précisément le programme d’investissements étrangers, l’exploitation des ressources naturelles et le développement des industries, ont été longuement abordés.
De son côté, Antony Blinken a précisé que les États-Unis sont «conscients des défis économiques à court terme auxquels le Congo est confronté», et que les deux pays ont « convenu de collaborer à la mise en place d’un groupe de travail officiel pour aider les Congolais à adopter une approche équilibrée de l’exploitation responsable des ressources du pays, ce qui contribuera à la croissance économique de la RDC et à la création d’emplois ».
Après les mines, la RDC veut faire le ménage dans ses forêts
L’accent a été spécialement mis sur la préservation des écosystèmes : le secrétaire d’État a rappelé que lors de la COP26, plusieurs pays ont annoncé la mise à disposition de 1,5 milliard de dollars pour soutenir la forêt du bassin du Congo. Il a redit l’inquiétude des États-Unis sur la mise aux enchères de lots d’exploration pétrolière et gazière : « Certains de ces blocs empiètent sur des zones sensibles de forêts tropicales et de tourbières, notamment dans le parc national des Virunga et le parc national de la Salonga», a-t-il indiqué, tout en admettant le manque de moyens au sein du pays : «La RDC a besoin de ressources, d’un soutien et d’un financement supplémentaires avant de faire ce qui est nécessaire pour protéger pleinement la forêt tropicale et les tourbières déjà soumises à un défi énorme, indépendamment de toute exploration ou exploitation énergétique».
Antony Blinken a souligné l’importance d’une meilleure gestion des projets miniers : «Nous continuerons à travailler ensemble pour garantir
que les investissements en RDC soutiennent les meilleures pratiques, que les entreprises s’engagent dans la protection de l’environnement,
de droits du travail, de bonne gouvernance et de transparence, et non dans une course qui finira par nuire aux travailleurs et à l’environnement, tout en engendrant des conflits armés».

Au cours des 20 dernières années, les États-Unis ont alloué 1,7 milliard de dollars d’aides à la RDC pour contribuer au développement de son
système sanitaire. En ce qui concerne les domaines de la transparence lors des scrutins électoraux, de l’éducation civique et citoyenne, les
États-Unis ont engagé plus de 23,75 millions de dollars. En juillet dernier, l‘Agence des États-Unis pour le développement international
(USAID) a annoncé qu’elle financera l’observation des prochaines élections à hauteur de 2 millions de dollars, puis en août, cette même agence a fourni 10 millions de dollars supplémentaires pour contribuer à l’organisation d’élections pacifiques et transparentes en 2023.
En collaboration avec le Congrès, l’administration Biden prévoit également d’investir 37 millions de dollars dans l’accès aux engrais, à la sécurité sociale et aux programmes de nutrition, notamment pour les enfants de moins de cinq ans. En parallèle, le département d’État a engagé 6 millions de dollars supplémentaires pour aider la RDC à améliorer son système de justice pénale pour lutter contre la corruption et le trafic de ressources minérales et d’espèces sauvages.
Coopération économique timide
En Afrique, la compétition économique entre les puissances étrangères fait rage et l‘engagement des États-Unis est encore timide sur le
continent, notamment en RDC. D’après les dernières données de la Maison Blanche, les investissements directs étrangers (IDE) des États-Unis
vers Kinshasa s’élevaient à 86 millions de dollars en 2019, en augmentation de 7,5 % par rapport à 2018.

En 2019, les exportations de biens américains vers la RDC se sont élevées à 1,37 milliards de dollars. En comparaison, les exportations chinoises vers la RDC étaient de 2,13 milliards, et de 143 millions de dollars pour la Russie. Les importations américaines totales de produits agricoles en provenance du Congo-Kinshasa ont atteint 30 millions de dollars en 2020. Il s’agissait principalement de fèves de cacao, de café non torréfié, d’huiles essentielles et d’épices. D’après les discours des représentants congolais et américains, les opportunités d’échange économiques demeurent nombreuses.
Climat des affaires
Selon l’agence de notation financière Bloomfield, la RDC fait partie des pays où l’investissement présente des « risques modérés » (BBB).Mais les agences de notation internationales, comme Standard and Poor’s, ont choisi la note CCC à cause d’une dette publique élevée, d’indicateurs de gouvernance faibles, d’une forte dépendance au pétrole et d’une gestion insatisfaisante des finances publiques avec un historique récent de défauts de paiement.
Pourtant, d’après la fiche pays de la RDC rédigée par l’exécutif américain, « le secteur de l’énergie présente un grand potentiel, notamment
dans les sources renouvelables telles que l’hydroélectricité et le solaire. […] Compte tenu de l’ampleur des besoins, il existe d’importantes
opportunités commerciales dans les secteurs de l’aviation, de la route, du rail, du transport maritime et des ports».
Des propos toutefois nuancés par les nombreux défis auxquels le pays doit faire face, « des infrastructures médiocres, un système fiscal
arbitraire et une bureaucratie faible et corrompue. La pandémie de Covid-19 a entravé la croissance et a aggravé la sécurité alimentaire du
pays. Les groupes armés restent actifs dans le Nord et Sud-Kivu», peut-on lire, aussi, dans ce rapport.
JA

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