Dans l’après-midi du samedi 12 octobre dernier, le Docteur Jean-Jacques Muyembe, secrétaire technique du comité multisectoriel à la riposte d’Ebola, a organisé, à Kinshasa, un point de presse axé sur l’état des lieux de la riposte et les perceptives d’avenir.

Devant les professionnels des medias et l’ensemble de son équipe technique, il a dressé un bilan plutôt positif de la situation de cette épidémie et a annoncé, par la même occasion, un nouveau vaccin (Jonson and Jonson) contre Ebola qui sera utilisé à partir du mois de novembre.

Jean-Jacques Muyembe a, dans son exposé, fait le point sur l’évolution de l’épidémie à virus Ebola depuis sa première déclaration en août 2018 jusqu'à ce jour. Il a également parlé des stratégies utilisées ainsi que des innovations technologiques auxquelles ils ont recouru pour stopper la propagation de cette épidémie. ‘’Le président de la République, en nous plaçant à la tête de la riposte à virus Ebola, nous avait confié 2 missions principales : terminer cette épidémie dans le plus bref délai et capitaliser les acquis de cette épidémie afin de renforcer notre système de santé en commençant par les 3 provinces affectées‘’, laisse entendre le docteur Muyembe.

De l’état des lieux de la riposte
Trois provinces ont été affectées par ce virus dans l’Est de la République, selon le secrétaire technique de riposte. Il s’agit de la province du Sud-Kivu, précisément dans la zone de santé de Mwenga, le Nord-Kivu à Beni et Butembo et, enfin, la province de l’Ituri au nord à Mambassa. Dressant un bilan positif, Jean-Jacques Muyembe soutient qu’il y a eu des progrès tangibles car, en mi-juillet, ils sont passés de 90 cas par semaine, soit 15 cas par jour, à moins de 20 cas par semaine, soit 1 à 3 cas par jour. En juillet, sur 22 zones de santé qui ont été affectés par ce virus, il n’en reste que 9.
Actuellement, seule la province de l’Ituri présente des cas de résistance car, l’épidémie s’est concentrée dans cette partie de la République. Il rassure pour cela que les efforts sont fournis afin de mettre fin à cette épidémie le plus rapidement possible.

S’agissant des stratégies utilisées sur terrain pour éradiquer le virus Ebola, l’équipe de riposte a changé d’approche en utilisant une approche multisectorielle. Géré par la présidence, le contour de l’épidémie est placé au plus haut niveau de l’Etat. ‘’La présidence de la République donne des orientations de lutte que nous menons sur terrain. Il y a le premier ministre qui coordonne, suivi d’un secrétariat technique que je dirige, qui mène des activités sur terrain. Nous avons un collaborateur qui coordonne toutes les activités sur terrain dans les différentes sous-coordinations‘’, explique Jean-Jacques Muyembe.

La maladie à virus Ebola, affirme-t-il, n’est pas seulement un problème de santé publique, mais elle concerne également les autres ministères, telles que celui des Affaires coutumières, Défense et Budget.
La deuxième stratégie consiste à améliorer le degré de l’engagement communautaire. ‘’Auparavant, nous avons constaté le manque d’engagement de la communauté. Elle n’était pas impliquée, ainsi que l’administration. Nous avons donc cherché à impliquer la population en travaillant notamment, avec les leaders politiques, les chefs coutumiers, les leaders religieux, la police, les administratifs provinciaux ainsi que les universités d’ici‘’, précise l’épidémiologiste.
Par ailleurs, la troisième stratégie mise en place est celle de maintenir la motivation de l’équipe de riposte qui était sur terrain, parce qu’elles accusaient un retard de paiement. Grâce à la motivation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ces agents ont été payés. C’est ainsi qu’un budget de fonctionnement a été donné à la coordination de Goma et de toutes les autres sous-coordinations.

Autre stratégie
A en croire Jean-Jacques Muyembe, l’autre stratégie est de donner de l’importance au leadership national, en bâtissant un partenariat avec les organismes internationaux qui appuient le coordonnateur des activités notamment, l’OMS, l’UNICEF et tant d’autres. L’implication de ces organismes internationaux a changé la donne sur terrain.
Innovations technologiques

Pour cette riposte, basée sur des évidences scientifiques, l’équipe technique a fait recours à des innovations technologiques en utilisant des vaccins expérimentaux notamment, le vaccin RVSV. Ce dernier a aidé à stopper cette épidémie. Suivant les recommandations du groupe d’experts SAGE qui conseille l’OMS en matière de vaccination, Jean-Jacques Muyembe pense qu’il est temps d’utiliser le 2ème vaccin contre Ebola, «Jonson and Jonson ».
‘’Ce groupe d’experts, lors de leur réunion du 15 mai 2019, avait recommandé la réduction du dose du vaccin RVSV, c’est-à-dire, passer de 1 ml de dose à ½ ml. L’autre recommandation était de recourir à un deuxième vaccin d’une autre nature qui soit plutôt préventive. Et nous avons, pour cela, choisi le vaccin Jonson and Jonson qui présente plus de données sur le plan scientifique‘’, explique Jean-Jacques Muyembe.

Lors de l’utilisation de ce vaccin au mois de novembre, les petits commerçants qui font le trafic entre le Rwanda et la RDC seront les premières cibles. Les habitants de deux aires de santé de la ville de Goma (Kahembe et Majengo) bénéficieront également de la vaccination. Ce qui différencie le premier vaccin du deuxième est que le premier ne protège que contre le virus Ebola zaïre alors que le 2ème protège contre les autres types de virus Ebola.
‘’Au cours de cette année, Ebola est devenue une maladie guérissable car, nous avons trouvé les médicaments qu’il faut pour guérir les malades. On peut l’éviter par la vaccination si celle-ci est réalisée à temps‘’, renseigne Jean-Jacques Muyembe.

Dorcas Nzumea