*Après Z’Ahidi Arthur Ngoma, voici le tour de Yerodia Aboulaye Ndombasi.

Tandis que MM. Azarias Ruberwa Manywa et Jean-Pierre Bemba Gomo, deux des anciens Vice-Présidents de la République, tiennent encore l’étendard de la lutte. L’un, après dix ans passés dans sa cellule de Scheveningen de la CPI à la Haye, se bat sous les ailes de Lamuka. Alors que l’autre, venu du RCD, un ex-mouvement rebelle mué en parti politique, bivouaque dans les eaux bouillantes de l’action du Front commun pour le Congo élargi aujourd’hui à CASH, après les élections du 30 décembre 2018.

Evénement
Tel, un couperet, la nouvelle est tombée ce mardi 19 février 2019, dès les premières heures matin, dans les tympans béants de ses compatriotes. Yerodia Abdoulaye Ndombasi, 86 ans, l’homme aux gilets, le Sémillant, le Tribun, le bras séculier, le bouclier ou, simplement, le détachement avancé des idées de la révolution-pardon du 17 mai 1997, a tiré sa révérence à l’Hôpital du Cinquantenaire à Kinshasa.
Plusieurs sources croisées ont laissé entendre que cette sentence insolite qui aura sonné le glas de son passage dans cette formation hospitalière spécialisée et qui, en même temps, devient le dernier voyage de son pélérinage sur cette terre des hommes, serait consécutive à une maladie non autrement identifiée. D’autres sources indiscrètes parlent, plutôt, du poids de l’âge ou des ennuis de santé mais sans pour autant en livrer les moindres détails.

Témoignages poignants
Dans les milieux du Pprd, des hommages se déchaînent en mémoire de l’illustre disparu en bien. Célestin Tunda ya Kasende, pour ne pas le citer, garde de Yerodia, le souvenir d’un homme aux convictions inébranlables, d’un intrépide, d’un personnage glorieux qui, pour rien au monde, n’a jamais communié, ni acquiescé le moindre marchandage de la souveraineté du Congo-Kinshasa.
Bemba, depuis sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, en Belgique, n’en est pas resté pour le moins anaphylaxique. Au contraire, en tant qu’un des anciens Vice-Présidents de la République sous l’empire 1+4 qui, naguère, dirigeant la RD. Congo de 2003 à 2006, il rend un vibrant hommage à Yerodia.

Dans le même lot, Henri Mova, Freddy Matungulu ainsi que tant d’autres hauts placés dans les sphères huppées de la République n’en reviennent pas à l’idée qu’un Yerodia, tout grand qu’il fut jusqu’à ses dernières fonctions de Sénateur, ait réellement cassé la pipe sans coup férir. Nombreux refusent, carrément, d’y croire et continuent à le voir vivant, même si son corps inanimé serait déjà à la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire.

Yerodia, un homme, une histoire…
Déjà, en 1998, Yerodia Abdoulaye Ndombasi quitta la Côte d’Azur en France et vint rejoindre Mzee Kabila qui le nomme Directeur de Cabinet. A ce titre-là, il évolua et affronta tous les coups, y compris les mouvements, groupes et entités armés. Une année plus tard, il fut nommé également aux fonctions de Ministre d’Etat chargé des Affaires Etrangères et Coopération. Alors que les congolais réclamaient une sorte de conférence nationale bis, Mzee Kabila désignera, une fois de plus, le même Yerodia en qualité de Président du Débat National ; un titre qu’il combinera avec ses fonctions au sein du gouvernement.

En 2003, à l’aune des assises du Dialogue Intercongolais à Sun City, il devint Vice-Président de la République en charge de la Reconstrution et du Développement. Mais, entre la fin du dialogue intercongolais et le début du schéma 1+4, il fut Ministre d’Etat à l’Education Nationale.
En 2007, Yerodia fut élu Sénateur au Kongo Central ; les fonctions qu’il exercera jusqu’avant son dernier soupir de ce mardi sombre du 19 février 2019.
Vers les années 60, Mzee Laurent-Désiré Kabila et Yerodia firent leur entrée fracassante sur scène. Vite qu’ils étaient remarquables dans leurs prises de positions, ils furent considérés comme le verso et le recto d’une même feuille. Tous deux avaient une répugnance contre le régime dictatorial de Mobutu qu’ils jurèrent de combattre jusqu’au bout. Leur lutte inspirée notamment, par des idées débridées tirées de la révolution cubaine dont Fidel Castro fut le maestro sans oublier, évidemment, l’internationaliste Che Guevara, n’épargnait pas le recours à la force pour défenestre les mobutistes pécamineux de leur gîte de jouissance infinie ponctuée des libéralités bisconues, loin de toute rationnalité, ni de tout programme de développement appliqué ou achevé. Ils tentèrent les expériences de Moba 1 & 2, sans compter tous les autres aventures militaires somme toute ratées.

En 1996, depuis la plaine de la Ruzizi, plus préciséement à Fizi-Baraka, en pleine terre de Lemera, un nouveau souffla et en vint à bout de toutes les péripéties. Ce fut l’apothéose. Car, le 17 mai 1997, Mobutu, tétanisé par la maladie après son séjour à Nice en France, réduit jusque dans ses moindres retranchements du point de vue de sa puissance opérationnelle et loin du théâtre des opérations, s’écroula sous une salve d’applaudissements de Laurent-Désiré Kabila et de ses compères, après les dernières tractations infructueuses officiées par le vieux sage sud-africain Nelson Mandela sur Outenika, vers la côte de l’Océan athlantique, non loin de Brazzaville.
Ainsi, aura-t-il fallu que cette lutte chevaleresque, cette bataille à mille risques de plusieurs décennies, triomphe, enfin.
Et, depuis, ils instaurèrent la révolution-pardon jusqu’à l’assassinat, le 16 janvier 2001, de Mzee Kabila.

Aujourd’hui encore, lorsque YAN (Yerodia Aboudoulaye Ndombasi), trepasse ce 19 février 2019, il laisse, certes, Kabila fils ayant passé la main à Félix Tshisekedi à la tête du pays. Mais, derrière lui, Mme Gonzales Gloria, sa tendre épouse, ainsi que l’ensemble de sa famille biologique et politique ont-là, doit-on l’imaginer, un grand vide qu’ils ne sauront, peut-être pas, combler de si tôt.

LPM

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