L’histoire, il y a ceux qui l’écrivent, ceux qui la lisent et ceux qui la font. Tel un fromage dégelé, le régime de Joseph Kabila est en passe de se fondre et de s’engloutir, au nom de l’alternance.

La Cour Constitutionnelle a tranché en faveur de Félix Tshisekedi, confirmant ainsi le verdict publié dix jours plus tôt par la Centrale Electorale. Vainqueur final de ces joutes, FATSHI sera face à son désormais prédécesseur Joseph Kabila, aujourd’hui lundi 21 janvier, sauf imprévu. Martin Fayulu et Théodore Ngoy étaient les seuls candidats président de la République sur les 21 à introduire des recours auprès de la plus haute juridiction du pays. Après avoir entendu les parties impliquées dans la bataille du contentieux électoral ainsi que le Ministère public, ces requêtes n’ont pas rencontré l’assentiment de la loi des lois. Place désormais à une nouvelle page de l’histoire du pays dont les débuts du 5ème Président de la République feront face à un fatras de situations laissé dans l’abîme par le pouvoir sortant.
Big bang
Le bout de ce mois de janvier, et même les prochaines semaines seront, sans doute, mouvementés avec la métamorphose de la classe dirigeante congolaise, depuis le sommet. Déjà ce mardi 22 janvier 2019, s’il faut s’en tenir au calendrier remanié de la CENI, ce sera la cérémonie de remise-reprise entre Joseph Kabila, président sortant après 18 ans de règne, et Félix Antoine Tshisekedi, président entrant poussée par une forte base populaire de l’Udps, ancien parti phare de l’opposition congolaise. Il faudra progressivement apprendre et s’accoutumer, dans le vécu quotidien, à la magistrature suprême d’une toute autre figure politique. Juste après son installation sur le strapontin présidentiel, le fils de Feu Etienne Tshisekedi dont le rêve se réalise certainement aujourd’hui, peut-être pas dans la manière mais le faire, devra affronter les nombreuses situations calamiteuses qui caractérisent à ce jour le peuple congolais, dans sa misère croupissante. Le programme électoral du nouveau Chef de l’Etat est principalement axé sur la lutte contre la pauvreté, heureusement.
Félix Tshisekedi ne dirigera pas seul ce pays. En dehors de son alliance avec Vital Kamerhe, de retour à la majorité, Kin-kiey Mulumba et les autres, il doit impérativement collaborer avec les anciens locataires des institutions qui reviennent en nombre abondant au vu de leur emprise sur les Assemblées nationales et provinciales où émanera le Chef du gouvernement ainsi que les gouverneurs des provinces. Colocation difficile ou cohabitation piégeuse ?
Avec au perchoir Gabriel Kyungu, le proche de Moïse Katumbi, l’Assemblée Nationale provisoire va tirer les rideaux ce 26 janvier pour procéder à l’appel nominatif des élus, la validation de leur mandat, l’élaboration du règlement d’ordre intérieur ainsi que l’installation du bureau définitif à travers les élections.
Les têtes changeront, les noms aussi. Mais est-ce vraiment pour une autre politique ? Le premier quinquennat de Félix Tshisekedi ne sera pas du tout rose. L’agitation politique prendra quelques quartiers dans les premiers mois de sa gestion de la Res publica.
Fayulu, entre chien et loup
Actuellement, tout est sombre pour le candidat de la coalition Lamuka qui, quelques minutes après l’arrêt de la Cour Constitutionnelle, s’est autoproclamé Président de la République et a demandé au peuple congolais de ne pas reconnaître le pouvoir ‘’illégalement‘’ installé. Il a certes été victime de plusieurs incommodités dans son parcours du processus électoral, mais il détient tout de même quelques élus aux législatives dont lui-même, qui vont devoir opérer avec le nouveau régime, ou pas. Faut-il qu’il fonce dans l’entame des manifestations publiques, ce qui est légal bien entendu, inlassablement ou se joindre aux nouveaux détenteurs des arcanes du pouvoir dans un esprit bien meilleur que celui de la division fratricide ?
Quelques semaines auparavant, il a affirmé devoir accepter le vainqueur des urnes, quel qu’il soit. Aujourd’hui, il entreprend les préliminaires de la rébellion et conteste le verdict de la Cour qu’il a quand même saisit sans faire confiance. La voie de la paix était-elle uniquement exigée pour le régime sortant ou pour favoriser une République plus vivable dans le temps ?
Kagame, pris de vitesse
Entretemps, la délégation de l’Union Africaine qui devait arriver aujourd’hui pour un tête-à-tête avec Joseph Kabila a rebroussé chemin, pris de vitesse par la proclamation des résultats définitifs par la Cour Constitutionnelle alors que Paul Kagame, Président en exercice de l’UA et d’autres Chefs d’Etats de la sous-région, avaient proposé cette démarche lors d’une réunion le 17 janvier à Addis-Abeba, en Ethiopie. Sabotage ou souveraineté ? Dans tous les cas, la SADC et quelques Présidents africains ont envoyé des messages de félicitation au nouvel élu, comme pour lui garantir leur soutien indéfectible.
La République Démocratique du Congo a franchi une nouvelle ère de son époque. Les démons du passé vont certainement faire quelques apparitions nocturnes pour exiger leur dû, mais il faudra mettre les voiles en avant toutes et regarder dans la même direction pour espérer écrire l’histoire.

La Pros.

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