La même vision de la Révolution de la Modernité, mais l’ambition limpide de l’élévation de la RD Congo à une autre strate du progrès collectif. «Coup sur coup» a hissé la barre à une haute altitude.

Remarquablement, au fur et à mesure qu’il livrait sa substance programmatique, de nouvelles dimensions et possibilités du Congo Réinventé se dessinaient comme sur une toile qui fut invisible à certains esprits. Pas surprenant. C’est parce que Shadary regarde et voit le nouveau Congo à partir de la hauteur de la bâtisse construite par Joseph Kabila. Le long chemin balisé et parcouru, les fondations construites, ont ouvert l’esprit du dauphin lui donnant une visibilité plus cristalline sur les horizons d’un pays plus beau qu’avant. Ce qui paraissait impossible hier encore est aujourd’hui sur le registre du possible.

C’est sur cette toile méta-intellectuelle qu’il me semble rationnel de capter le dévoilement du programme électoral de Ramazani Shadary Emmanuel le Lundi 19 Novembre à l’Hôtel Pullman. Haut en couleur, dans un décor achalandé à l’américaine, sur fond des écrans géants, la posture Obamique, il a déroulé le parchemin de sa vision avec un budget de $86 milliards projeté sur cinq ans. Soit $ 17,2 milliards par an. Articulé sur quatre axes stratégiques, notamment (1) Le renforcement de l’autorité de l’Etat, (2) La diversification de l’économie, (3) la lutte contre la pauvreté par l’accès aux services sociaux et (4) la promotion géostratégique de la RDC, le programme est réaliste – contrairement aux autres projections fantasmagoriques. Dans cette politoscopie, mon argument majeur est que tout en demeurant dans le même ancrage idéologique, et en étant esquissé dans les sillons de la Révolution de la Modernité, le programme de Ramazani Shadary est porteur d’innovation avec une finalité élévatrice de la RDC.

LE CONGO MON CHOIX, LE CONGO MON DEVOIR : DANS L’ANCRAGE IDEOLOGIQUE DU REGIME ET DU FCC

Avant d’explorer cette dimension, il est indispensable de souligner que Shadary au pouvoir on sera toujours dans la Troisième République (la Constitution n’ayant pas enregistré des modifications fondamentales en termes de régime politique et de la configuration institutionnelle), mais dans une nouvelle dispensation dite «dispensation Shadarienne ». Ayant éclairé cet aspect, notons que le programme électoral de Shadary porte la thématique de «Congo mon choix, Congo mon devoir », qui traduit un ancrage dans le corpus idéologique nationaliste-souverainiste. Congo mon choix exprime clairement l’idée de faire triompher l’intérêt du Congo d’abord en rejetant l’aliénation consistant à embrasser les pays aux projets prédateurs sur notre nation – à l’instar de la cabale Genevoise. Congo mon devoir traduit une obligation patriotique de protéger la souveraineté du Congo et aussi de le développer pour le bien être de tous ses citoyens. Ce dernier segment porte aussi un élément de la social-démocratie à laquelle le PPRD a souscrit. Mais, en ultime instance, le Congo mon choix, le Congo mon devoir est une pensée d’intercession et d’intersection du FCC : coaliser, fédérer, mobiliser les Congolais qui transcendent leurs intérêts égotistes-partisans-paroissiaux, sur la protection du Congo et le projet commun de son élévation.

En termes de vision et des axes stratégiques, le programme de Shadary demeure dans les sillons de la Révolution de la Modernité. En effet, trois de quatre axes de ce programme notamment le renforcement de l’autorité de l’Etat, la diversification de l’Economie et la lutte contre la pauvreté, sont des reprises reformulées des discours de Joseph Kabila, voire des programmes de Gouvernement depuis 2006. Seul le Premier Ministre Matata avait, lui, formulé ce premier axe en termes de «l’amélioration de l’efficacité de l’Etat». Cette formulation est plus proche des diagnostics des experts nationaux et internationaux car l’autorité de l’Etat n’est qu’une fonction relative au monopole de la violence légitime, tandis que l’efficacité est systémique. C’est-à-dire que l’efficacité de l’Etat se rapporte au déploiement et à l’amélioration de toutes ses fonctions (réflexive, symbolique, identitaire, distributive, et non seulement régaliennes). Au regard de ces axes, les actions portent sur la continuation des reformes déjà initiées et la finalisation des projets en cours. Cela est rationnel non seulement par le principe de la continuité de l’Etat, mais surtout au regard du fait qu’à cause des multiples crises politiciennes, trois Gouvernements avec deux ruptures, les guerres résiduelles, beaucoup de projets de la Révolution de la Modernité ont été retardés, d’autres suspendus. Il est donc conforme à l’orthodoxie gouvernologique que le candidat du régime assure la continuation opérationnelle, mais alors avec des méthodes innovantes, performantes, voire une disjonction en style de leadership plus rigoureux, de ce qui avait été lancé par la Révolution de la Modernité.

 

L’INNOVATION POUR L’ELEVATION DU CONGO : UNE CONGOLITUDE DE DIGNITE DANS UN PAYS PLUS BEAU QU’AVANT

 

Si Shadary demeure dans le même ancrage idéologique et dans la même vision que le Raïs Joseph Kabila Kabange, son programme porte cependant une ambition plus osée, plus audacieuse, qui nous dévoile un regard sur un Congo plus beau qu’avant. Mais aussi des engagements presque téméraires d’un Congo d’éthique, de la justice juste, avec une armée qui va «éradiquer» les forces terroristes à l’Est – au moment où ces forces présentent étonnamment une force de résistance inouïe en tuant des douzaines de troupes de la MONUSCO et des FARDC. Une autre éradication hardie: éliminer les antivaleurs notamment l’impunité, la corruption, la fraude. C’est une nouveauté au niveau même du style de composition programmatique Congolais, car dans le passé aucun programme n’a eu comme exorde (entrée en la matière) la lutte contre les antivaleurs. Le programme porte donc un socle éthique. Connaissant le coté très aiguisé de la personnalité de Shadary, cet engagement est à prendre au sérieux. Sur cette même toile, le programme électoral de Sharary place l’emphase sur la dignité des Congolais. Ceci se rapporte à l’ancrage idéologique relevé ci-dessus. La promotion de la dignité des Congolais propose donc une «nouvelle Congolitude » de self-estime nationale, de créativité, d’inventivité et de compétitivité, pour être respecté dans la région, sur le continent et dans le monde. Cet aspect porte un substrat de l’Ubuntu comme philosophie humaniste.

Cette dimension est liée au quatrième axe du programme de Shadary relatif à la promotion géostratégique par son emphase sur la montée fulgurante de la RDC sur la scène internationale. C’est aussi une artère stratégique nouvelle et courageuse. Le Congo a trop souffert de sa conception apocalyptique et du Congo bashing. A cet égard, nos diplomates ont été passifs, aphones et inféconds, surtout en matière de développement. Il faut donc une diplomatie proactive qui tout en redorant l’image de marque de la RDC, tisse des relations stratégiques avec des agro-industriels, des industriels, des centres de recherches, des banquiers, de renommée mondiale, pour les drainer vers notre pays en vue de la concrétisation des projets créateurs des richesses nouvelles.

 

C’est au niveau de certains projets phares et structurants que ce programme électoral porte une ambition d’innovation et d’élévation du Congo à de nouvelles cimes de modernité, tout en disséminant ladite modernité dans toutes les provinces. De l’engagement à promouvoir l’agriculture et l’agro-industrie combinée aux manufactures dans toutes les provinces (dans l’élan de création des foyers de modernité pour la diversification et la densification de l’économie), à la construction de «L’Echangeur Joseph Kabila et l’Echangeur de l’Elévation», en passant par l’autoroute Kasavubu-Bumbu-Kimbaseke, l’autoroute Maluku-Mbanza-Ngungu, le lancement du tramway SOCIMAT-BARUMBU, l’ambition de la reconfiguration infrastructurelle du pays est indéniable. Aussi ambitieux est l’engagement de lutter contre la pauvreté en créant 100.000 emplois chaque année et d’asphalter les axes routiers stratégiques Kinshasa-Kananga-Mbuji-Mayi-Kolwezi et Bukavu-Goma-Kisangani, d’acquérir 50 locomotives, et d’électrifier les réseaux ferroviaires Kinshasa-Matadi et Kamina-Kindu, Kamina-Ilebo. Ces projets, avec leurs effets socioéconomiques induits en amont et en aval, nous transposent dans un Congo en réinvention, dont nous seront fiers, et en propulsion vers l’émergence. Mais des énoncés programmatiques, aussi ambitieux et innovants soient-ils, à leur concrétisation, le chemin est très sinueux, l’équation complexe. Cependant, il convient d’accepter qu’à ce stade ce qui est important c’est d’avoir une vision claire, des actions pragmatiques et un budget réaliste – comme celui de $86 milliards qu’il nous propose.

CONCLUSION

L’AMBITIEUX PROGRAMME DE RAMAZANI SHADARY EST REALISABLE : MAIS LES DEFIS SYSTEMIQUES SONT GIGANTESQUES

Tout est possible à un Peuple qui Croit, surtout s’il est conduit par un leadership présidentiel FORT. La Focalisation sur les Objectifs, les Résultats et la Transformation de la société est la fonction première et essentielle du leader FORT. Après les élections (et même déjà maintenant), le Président de la République sera pris en étau, entrainé dans les tourbillons politiciens, désorientés par les cabales des prébendiers du système, voire des mercantilistes du sérail. Il risque d’être désaxé au point d’oublier ses engrangements solennels ou d’en réaliser quelques uns mais sans prouesse qualitative ni quantitative. En dehors des périls du régime lui-même, il y aussi les inepties de la classe politique. Ses chefs égoïstes obsédés par le pouvoir créeront toutes sortes d’entourloupettes. Les forces sociétales régressives tant dans les communautés, dans les églises, dans les medias, enclencheront aussi des effets plombants. La lutte contre la corruption, l’impunité et la fraude sera une guerre car les criminels d’Etat sont constitués en réseaux maffieux prêts à neutraliser ceux qui mettent à mal leurs juteuses transactions.

Aussi, les 100 jours vont être cruciaux. Il faut les préparer avec un plan tactique et des actions d’éclat. La performance à l’aune des 100 jours est une indication de la substance du leader politique au gouvernement. Dans cette optique, je relève qu’après l’élection, le programme électoral qui est très narratif et transactionnel, devra être remodelé et raffiné pour devenir un instrument programmatique de leadership stratégique présidentiel. Dès maintenant, le candidat devra penser anticipativement au style de son leadership présidentiel qui est le plus grand défi devant lui. Il est déterminant. Tout en se focalisation pour le moment sur la victoire électorale, il convient d’être proactif pour préparer le leadership présidentiel à la hauteur de l’ambition d’innovation et d’élévation portées par le programme et les engagements solennels. Sinon certains écarts observés entre les énoncés remarquables de la Révolution de la Modernité et les modestes réalisations sur terrain, à cause du déficit de focalisation et de synchronisation avec les différents Gouvernements, mais aussi à cause du déficit en leaders développeurs d’appui au Chef de l’Etat, tant au niveau national que provincial, risquent de se répéter. Ramazani Shadary est censé avoir élucidé les ingrédients des prouesses réalisées par le Rais J. Kabila, mais aussi tiré les leçons des ratées du régime et sa famille politique.

Donc, tout en demeurant dans la même vision, Emmanuel R. Shadary devra impérativement repenser la Révolution de la Modernité. Et cela dans l’enclenchement d’un mouvement de réinvention sociétale (y inclus la réinvention de l’homme Congolais) stimulé par la force vitale de l’Ubuntu et enraciné dans le remodelage épistémique comme le prescrit le Professeur Emérite Mudimbe. Shadary l’homme au chapelet des distinctions académiques en Sciences Politiques à l’UNILU doit absolument augurer l’ère de l’intelligence développementale en RDC. Ce pays est à un tournant historique : il a la possibilité inégalée en Afrique de se catapulter vers son destin par la célérité de sa marche vers l’émergence. Joseph Kabila a connu d’innombrables étreintes et contraintes. Son successeur aura une tache moins compliquée, facilitée par la reprise de la RDC avec un meilleur bilan d’ouverture et l‘existence des fondamentaux. Shadary devra donc être hautement plus ambitieux, avec des projets structurants hyper-productifs actionnant un développement intensif. Il devra initier une gigantesque et expansive entreprise de reconstruction équitable dans toutes les provinces. Il s’agira non pas d’un plan Marshall (un concept galvaudé) mais d’un plan Pharaonique. Celui-ci devra être conçu aux dimensions colossales du sous-continent Congolais et à la hauteur de son destin de puissance Africaine, dans la mystique continentale du Congo incarnant la nouvelle Egypte Kémétique de la Maât. Cette grandiose entreprise devra être tractée par la volonté de puissance couplée à un robuste imaginaire comme préconise le Philosophe-Théologien Congolais Ka-Mana.

Hubert Kabasu Babu Katulondi

(Libre-penseur et Ecrivain, Directeur et Co-Fondateur USALGA/CRIDD)

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