La vision du Président F. Tshisekedi a comme premier pilier l’homme. En termes de leadership transformationnel sur le champ étatique, ce référent programmatique stratégique est censé déjà connaitre un début de matérialisation avec des bribes d’actions tangibles.

A cet égard, cette cogitation porte sur les signes, voire quelques traces, des attitudes nouvelles inhérentes à la transformation de l’Etre ou de l’homme Congolais dans cette phase des 100 jours. Elle tente aussi de cerner les possibilités de la solidification de cette dynamique dans le temps. Clarification : pour le moment on n’escompte aucunement une transformation instantanée et parfaite en trois mois. Il s’agit plutôt de réfléchir sur quelques repères permettant de cerner tant dans la discursivité que dans la praxis des élites et des citoyens, des esquisses d’une mutation méliorative de l’homme Congolais – au sens générique des femmes et des hommes vivant dans l’espace d’existence collective dénommé RDC.
Sous cet angle, cette cogitation partage une inquiétude tout en étant un appel à l’effort de conversion du leitmotiv de changement en une véritable idéologie «changementiste ontologique» dans la perspective de la Renaissance de la RDC. Sinon, nous risquons de nous retrouver dans le hiatus de la Révolution de la Modernité – concept toujours pertinent. Elle fut une idéation captivante soutenue par quelques œuvres éclatantes. Mais sa vacuité en modernisation de l’Etre congolais est à la base du déficit de la transformation de l’homme dans la dispensation kabilienne – déficit reconnu humblement par le Raïs J.Kabila, lui-même.

1. LES 100 JOURS ET LES TRACES LIMINAIRES D’UNE ALTERNANCE MENTALE ET COMPORTEMENTALE (IMMUABILITE DE LA DEFORMATION ONTOLOGIQUE ZAÏROISE).
Pendant les 100 jours les Congolais sont restés toujours les mêmes dans leur Etre collectif denormativisé. Etonnant. C’est comme si aucune dynamique sociétale nouvelle n’est arrivée au pays. On chante l’alternance, mais la société n’a enregistré aucun début de mutation vers une modalité existentielle alternative. On observe à l’œil nu que dans leurs esprits et dans leur vaste majorité, les Congolais sont totalement insensibles à l’impératif de la conversion des mentalités inhérentes au changement prôné par le chef du nouveau régime. Surtout à Kinshasa, miroir de notre esprit et de nos cœurs, on ne note pas un iota de nouvelles modalités de l’Etre individuel et collectif – qui sont censées éclore avec la dispensation de l’alternance. De l’Aéroport International de N’Djili jusqu’àKinsuka, des communes périphériques au centre-ville de la Gombe, la déformation ontologique zaïroise est perceptible. Elle est apparemment immuable. Le changement prôné par le nouveau chef de l’Etat n’y a enclenché aucun signal d’un effet mélioratif.
Pour preuve : les propos orduriers sur les places publiques, la pathologie de la demande d’argent (kolokayalolombo) à tout vent et à tout venant, généralement pour des beuveries endiablées aux ngandas qui sont des véritables ateliers de putréfaction mentale. Le désordre vertigineux sur les artères. Le chaos dans une circulation routière absolument démentielle. Une insalubrité publique clinique et endémique. La laideur répugnante des rues et artères insalubres a été incorporée dans les mœurs comme partie intégrante de notre existence. On prétend même que les pestilences de Kinshasa sont d’une certaine sensualité et amélioreraient la saveur des mets exposés aux coins des rues! L’absence de toute conscience de la norme dans l’espace public a produit dans les esprits des Congolais une étonnante faculté d’adaptation au vil, à la laideur, à la dissymétrie et à la pestilence.
Pire, en privé, on caricature la croisade contre la corruption comme relevant d’un donquichottisme politique. «Il n’est pas le premier président africain à lancer la lutte contre la corruption» – dixit la horde des plus cyniques. Les «cop» vont bon train. Avec outrecuidance, dans l’administration publique, dans les cabinets ministériels et dans les opérations technocratiques, les pratiques des alourdissements financiers aux fins rentières, qui sont encastrées dans les DNA des Congolais, sont insensibles à l’appel au changement du Président F.Tshisekedi. Pourtant en 1992, lorsque le leader de l’opposition Etienne Tshisekedi fut nommé premier ministre, une effervescente dynamique d’autocorrection des citoyens s’imposa d’elle-même. Les apparatchiks mobutistes qui avaient raflé les biens de l’Etat les rendirent au Palais du Peuple. Les spéculateurs monétaires stabilisèrent eux-mêmes le taux de change. Les citoyens se mirent à s’autoréguler. Un phénomène similaire fut observé avec à l’arrivée de Mzee L.Kabila en 1997. Immédiatement après sa prise de pouvoir, son régime se mit à redresser les comportements des citoyens dans l’espace public. Certes, que ses méthodes des bastonnades publiques étaient non-démocratiques, voire illégales. Mais, son régime démontra une remarquable sensibilité à la nécessité du redressement mental et comportemental des Congolais. Avec pertinence, Mzee Kabila considérait les Zaïrois comme des citoyens victimes de la déformation ontologique par le Mobutisme. Ils devaient être redressés en conformité avec les manières d’être dignes d’une République moderne.
2. LES MODALITES CONCRETES DU CHANGEMENT MENTAL ET COMPORTEMENTAL PROPICE AU DEVELOPPEMENT HOLISTIQUE DES CONGOLAIS
Les sociétés et nations ayant connu un développement fulgurant et durable sont celles dont les leaders ont su créer une synergie d’intelligence pour injecter dans la conscience collective les valeurs propices à la matérialisation d’une vision commune. Il s’agit ici des leaders de tous les secteurs, notamment, religieux, intellectuels, politiques, économiques, académiques, militaires, judiciaires. Mais, c’est surtout l’archleader, principalement le chef de l’Etat, qui pilote cette dynamique. Celle-ci consiste à injecter dans l’Esprit collectif des valeurs nouvelles déclencheuses de meilleurs comportements à la hauteur de la norme de la nouvelle société, moderne, splendide, que l’on veut bâtir.
Force est de souligner, dans cette optique, que l’observateur extérieur ou le visiteur qui arrive dans n’importe quel pays pour la première fois, se fait une idée de l’intelligence et de la normativité d’un peuple, au regard de son parler, du comportements des agents de l’ordre et des citoyens, de la circulation routière, des formes et symétries des artères et des places publiques, de la salubrité. Franchement, en regardant Kinshasa, et pire les villes des provinces, sous cet angle, on ne pourra pas affirmer qu’il y a le fragment du début du déploiement d’un génie politique de la transformation existentielle en RDC, en réponse au leitmotiv de changement prôné par les nouveau dirigeants. Et ceux-ci savaient pertinemment bien que c’est l’un des principaux déficits de leurs prédécesseurs qu’ils avaient critiqué avec virulence à ce sujet.
Karl Mannheim, le sociologue épistémique d’origine Hongroise, relevait avec pertinence que le système de croyances et des connaissances d’un peuple est aussi fonction de la qualité des conditions d’existence matérielle. Ce prisme est presqu’analogue à celui du matérialisme historique d’un autre Karl (Marx). Pour ce dernier, c’est le mode de production matérielle qui définit les rapports des classes constructrices des systèmes de pensées, des valeurs et comportements. On pourrait affirmer, sous cet angle, comme je l’ai asserté dans d’autres cogitations, que l’allergie congolaise à la logique, la propension répulsive contre la vérité et l’insensibilité à l’intégrité et la transparence, sont les reflets de notre étonnant pataugeage dans l’insalubrité, notre délectation des pestilences et notre passion du chaos dans la circulation publique et les espaces publics orduriers.
Cette répugnante situation est traductrice de la dégénérescence des protocoles profonds de l’Etre Congolais. Elle exige absolument la définition immédiate et la mise en pratique des modalités de la transformation de l’homo congolus. A cet effet, le Président de la République F. Tshisekedi et le Premier Ministre Ilunga devraient intégrer dans le programme du gouvernement central un projet national de la transformation citoyenne pour le nouveau Congo. Ce projet prioritaire devra se porter sur l’adéquation entre «l’idéologie changementiste» dans sa dimension existentielle, la transformation mentale et comportementale et la vision du Congo Emergent. Les valeurs cardinales de la vérité, la justice, l’intégrité, la productivité-créativité, la propreté et l’esthétique publique, devraient être promues, diffusées et renforcées de la capitale aux coins les plus reculés de nos territoires et villages. Le renforcement de la pratique de ces valeurs et leur traduction en comportements, devra être réalisé par les sanctions négatives ou positives, selon les termes de la loi (loi sur la salubrité publique avec les inspecteurs d’hygiène et la police des places publiques, loi sur la circulation routière, loi sur l’aménagement du territoire, etc.). Le chef de l’Etat devrait, par exemple, initier la fondation nationale de l’éthique républicaine et proposer la création d’une cellule/commission d’éthique dans chaque institution publique. En plus, les gouvernants en conjonction avec les leaders religieux, académiques, économiques, culturelles, sécuritaires, peuvent aussi promouvoir l’excellence mentale et comportementale. Par exemple, par la remise des prix d’excellence aux hommes et femmes, communes et villes, institutions, qui réduisent les comportements déviants en leurs seins. Il faut que toute la société, de Kinshasa aux coins les plus reculés des villages, baigne dans cette nouvelle dynamique de la transformation ontologique.

CONCLUSION
LE CHANGEMENT SOCIETAL PAR LA TRANSFORMATION SUBSTANTIELLE DE L’HOMME D’ABORD.
La mission historique et sociétale du Président F.Tshisekedi, au-delà des fondamentaux déjà construits par le régime de J.Kabila, est l’accélération de la navigation vers l’Emergence. Au-delà de son entendement réduit à l’acception économiste, il convient d’intérioriser l’émergence comme l’éclosion d’un nouvel Etre individuel et collectif dans une société visant son élévation totale. Le Président F.Tshisekedi est donc appelé à enclencher la dynamique societale et nationale de l’éclosion/émergence d’un nouvel homme Congolais, logique, véridique, intègre, créatif et innovant. Un homo congolus réinventé, passionné par le vrai et le beau, le splendide, le propre et le symétrique. C’est cela la fonction du leadership transformationnel et développemental : il développe l’homme en engendrant en lui une nouvelle substance ontologique. Cet homme remodelé fait germer en lui des idées modernes, initie des organisations et des productions en phase avec les percées mondiales contemporaines. C’est cela le génie du leadership des mutations fulgurantes – comme on l’observe en Corée du Sud, à Singapour, en Ile Maurice et même au Rwanda avec des élites développementales.
Dans son allocution à l’ouverture du séminaire de mise en train des Gouverneurs, le Président de la République F.Tshisekedi a de nouveau décliné sa vision pour le Congo dont le premier axe est l’homme. Aucun changement ne peut avoir de sens ni de substance dans une société s’il ne porte pas sur la transformation de l’homme. Suspendre les ministres et incarcérer les administrateurs des entreprises coupables de corruption, c’est appréciable. Cela transmet des signaux d’une volonté de mettre fin à ces comportements déviants. Mais, au plan systémique, il s’agit là de la gestion des effets. Les causes substantielles gisent dans les distorsions des protocoles profonds de l’homo congolus, pour paraphraser le théologien et philosophe congolais Ka-Mana. L’Etat de Droit ne se matérialise pas par des incantations politiciennes. Il faut absolument transformer les citoyens pour que la conscience collective intériorise la rationalité de l’Etat de Droit et la produise. En d’autres termes, les lois les plus lucides seraient bafouées et infécondes, les plus splendides œuvres de modernisation infrastructurelle s’éroderaient dans la décrépitude, là où il n’y a pas prédominance des citoyens aux esprits normativisés. C’est-à-dire des citoyens ayant absorbé au plus profond d’eux-mêmes les valeurs cardinales de vérité, de justice, d’égalité, de salubrité et les pratiquent dans toutes les dimensions de l’existence tant privée que collective. Des citoyens sensibles au quadruple canon logique-éthique-éthique-épistémique ayant fécondé l’éclosion de la civilisation universelle. Transformer l’homme congolais dans ses croyances, normes et structuration ontologiques, c’est l’ultime précondition de la réalisation de notre destinée comme «Congo Etoile Brillante au Cœur de l’Afrique », dixit Emery Patrice Lumumba.

Hubert KabasuBabuKatulondi
(Libre-penseur et écrivain)

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