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Des esprits épris du chaos sont en ébullition depuis quelques jours en République Démocratique du Congo, aussi bien dans les Institutions que dans la rue. Sur la toile, ils alimentent une polémique politisée et discutent du sexe des anges, concernant une récente décision du Premier ministre Sylvestre Ilunga.

Celle consécutive à la désignation de Célestin Tunda ya Kasende, Vice-Premier ministre, ministre en charge de la Justice et Garde des Sceaux, comme président de la Commission interministérielle ad hoc chargée de mener une réflexion sur les crises au sein des institutions provinciales du Kongo Central, de l’Ituri, du Sankuru et du Haut-Lomami. Ces provinces, en effet, qui ont vu leurs gouverneurs respectifs être destitués par les Assemblées provinciales. Cependant, le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Gilbert Kankonde, estime, dans une correspondance adressée au chef du gouvernement, que cette matière relève, exclusivement, de ses attributions.

Un rappel aussitôt interprété de manière abusive par les internautes et les journalistes, allant jusqu’à taxer la décision du Premier ministre de prise de décision politique. Il y a, semble-t-il, la dimension d’un penchant avantageant le Front Commun pour le Congo auquel appartiennent le Premier ministre et le président désigné de ladite Commission, et défavorisant son partenaire de la coalition, le Cap pour le Changement dont fait partie le ministre de l’Intérieur et Sécurité.

Avant tout, il est important de rappeler que les membres du gouvernement, nonobstant leur appartenance politique, sont censés s’abstenir de cette interdépendance au vu de leurs fonctions mettant en exergue l’intérêt supérieur de la Nation. Le Président de la République l’a si souvent répété.
Mais aussi, faudra retenir que l’objectif premier de cette Commission interministérielle est de pouvoir ramener le calme au sein des institutions provinciales dont l’instabilité inquiète de plus en plus. Egalement de proposer des mesures concrètes en vue de la normalisation des rapports entre les institutions provinciales et ramener la paix dans toutes les provinces. Alors, faut-il brûler le pays parce que l’on n’y a été désigné président ? Là n’est pas le débat, pensent certains analystes. Selon ces derniers, il n’est pas du tout opportun de privilégier les démêlés purement politiciens au détriment de la résolution d’une véritable crise, capable d’embraser ce qui reste de la République.
Ensuite, s’il faut revenir sur la question de compétence ou de préséance pour présider cette commission, un éclairci ne fera sans doute du mal à personne.

Eclairage nécessaire
Le gouvernement de la République comporte 4 commissions permanentes qui se réunissent quand il est nécessaire. Ces commissions comprennent les ministères spécifiques de leurs secteurs. Il s’agit de Commission Economique et Financière ; Politique, Administrative et Juridique ; Infrastructures … ainsi que Socioculturelle.
En Conseil des ministres, lorsqu’un dossier n’a pas été complètement vidé, il est renvoyé dans une Commission dirigée par le ministre pré séant.
Actuellement, bien que la crise au sein des institutions provinciales touche l’administration, elle revêt beaucoup plus d’un aspect juridique. Enfin, c’est ce que confirment les analystes interrogés à ce sujet.
La destitution des gouverneurs sur bases des motions qui laissent parfois à désirer embrassent plus d’un secteur. «Les faits sont juridiques, les effets sont administratifs et politiques», dit l’un d’entre eux.

Respect des textes
En fait, s’il faut se référer aux dispositions des articles 53 et 55 de l’Ordonnance n° 17/024 du 10 juillet 2019, portant Organisation et Fonctionnement du gouvernement, Modalités de collaboration entre le Président de la République et le gouvernement ainsi qu’entre les membres du gouvernement, que Gilbert Kankonde évoque d’ailleurs dans sa lettre, les réponses sont pourtant claires.
«Le Vice-Premier ministre, le Ministre d’Etat ou le Ministre pré séant convoque et préside la Commission à laquelle il appartient», dispose l’article 53 alinéas 1er.

L’article 55, quant à lui, dispose qu’ «En cas de nécessité, le Conseil des ministres peut créer, à titre exceptionnel, des Commissions ad hoc en vue d’étudier des questions spécifiques. La Commission est présidée par le vice-premier ministre, par le ministre d’Etat, le ministre ou le ministre délégué principalement concerné par la matière traitée».
Pour le cas d’espèce, s’agit-il d’une question de droit ou politique ? Peut-être les deux. Toutefois, le plus important actuellement est de mettre un terme à cette crise qui dérange comme une épine enfouie en plein milieu du dos de la République. A bas les tensions politiciennes et conflictuelles frivoles pour l’intérêt du congolais.

La Pros.