«L’histoire on ne l’efface pas et on ne la falsifie pas non plus». L’éminent Professeur d’histoire, Elikia Mbokolo, est de ceux qui estiment que la date du 17 mai 1997 devrait, absolument, être inculquée dans la mémoire des congolais comme l’une des dates importantes qui marque un tournant décisif dans l’histoire de la RD Congo.

Réagissant à propos de la célébration de cette journée qui est chômée et payée au Congo, ce remarquable Professeur n’est pas d’accord avec ceux qui attribuent cette victoire à Laurent-Désiré Kabila, porte-parole de l’AFDL. «L’une des fautes graves de la politique congolaise, c’est d’attribuer les grands changements de ce pays à des individus. Le 17 mai 1997, ce n’est pas Laurent-Désiré Kabila qui a chassé Mobutu, c’est le peuple congolais », affirme-t-il, aux fins limiers du journal La Prospérité, au cours d’une interview réalisée jeudi 16 mai 2019, à Kinshasa.

Selon son entendement, ‘’les gens oublient que depuis le début des années 90, Mobutu était sur le charbon ardent. En 1991, il y a eu le pillage, les gens en avaient marre d’être réduit à la pauvreté et qu’on leur dise à chaque fin d’année, cette année vous allez vous manger les uns, les autres’’. A l’en croire, le 17 mai 1997, n’est pas la victoire de Kabila, c’est la victoire du peuple congolais, la victoire de la démocratie. Pour lui, il n’est point besoin d’attribuer ce succès aux Ougandais, Rwandais, Burundais et Cie. « Il faut enlever cette mythologie, quand on fait la guerre, on a besoin des soutiens, les français ont libéré la France avec l’aide des africains et des américains… On ne fait pas la guerre tout seul, nous avons fait cette guerre, le 17 mai s’inscrit dans la continuité directe du 4 janvier 1959 », a en outre, rappelé l’historien.

Au lieu de la classer dans les oubliettes, Elikia Mbokolo propose aux filles et fils de ce cher et beau pays, de s’en enorgueillir de cette date qui s’inscrit dans la lignée du 4 janvier 1959, qui a permis la conquête de l’indépendance du Congo. «Le 17 mai est la récupération par les congolais de la dynamique de leur propre histoire et c’est la dernière des dates importantes, on ne doit pas trop les multiplier», a-t-il prévenu. Autrement dit, il loue cette journée. D’ailleurs, à ce propos, il estime que ladite journée est venue renforcer l’indépendance qui était acquise sur papier, le 30 juin 1960. « Nous devons nous enorgueillir de cette date, parce que le Congo est l’un des rares pays où après l’indépendance du 30 juin 1960, il y a eu une autre date qui renforce notre indépendance, c’est le 17 mai 1997 », affirme-t-il.
Pour le Prof Elikia, cette libération face à la dictature de Mobutu, est la dernière des dates trop importantes, car, estime-t-il, c’est une date qui marque un tournant dans l’histoire du Congo et de l’Afrique. Il pense que la dynamique politique qui est née à partir du 17 mai 1997, est une dynamique qui continue aujourd’hui et qui est appelée à produire des effets sur les plans politique, économique, social, de la diplomatie, etc.

La Vraie indépendance
Quoique la RDC ait connu son Indépendance le 30 juin 1960, ce grand professeur d’histoire a affirmé, haut et fort, que la vraie indépendance est devenue réelle quelques années plus tard. « En 1960, c'est l’indépendance juridique, en ce sens que la Belgique reconnaît au moins sur le papier, que le Congo ne lui appartient plus... Une indépendance de décor, pour les photos, pour la musique etc. Mais, la vraie indépendance vient le 17 mai 1997, lorsque le maréchal Mobutu a été chassé comme un voleur… », a-t-il argumenté, ayant un air amusant. Et ce, avant d’ajouter : « Nous sommes aujourd'hui dans la dynamique de cette libération, mais la question qui nous est posée c’est : ‘’Qu'est-ce que nous allons faire de cette libération dans les deux décennies qui vont venir pour que le Congo trouve son rythme de croisière ?’’.

Anciennement célébrée comme fête de la libération en référence à l’entrée à Kinshasa de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), coalition rebelle qui avait fait chuter le maréchal Mobutu, les Congolais vont désormais, célébrer chaque 17 mai la fête de la révolution et les Forces armées de la RDC. Le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi a, d’ailleurs, déposé les gerbes de fleurs au mémorial des forces armées au Rond-point Forescom. Au même moment, il a remis des enveloppes symboliques à quelques soldats et officiers militaires retraités pour avoir servi la nation sous le drapeau.

Merdi Bosengele