Après avoir lancé le 28 mai dernier la pétition pour exiger la tenue des élections locales, l’Eglise du Christ au Congo (ECC) et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) sont revenues à la charge le vendredi 9 août dernier pour présenter les résultats de leur récolte.

Devant les professionnels des médias réunis au Centre interdiocésain, quartier général de la CENCO, ces confessions religieuses ont fait savoir qu’elles ont enregistré, pendant deux mois, environ deux millions de signatures des personnes qui exigent la tenue des élections locales, du reste programmées au mois de septembre prochain, selon le calendrier rendu public le 5 novembre 2017 par Corneille Nangaa, Président de la Commission électorale nationale indépendante, CENI.

Ces confessions religieuses ont, à travers la déclaration lue par le premier secrétaire adjoint de la CENCO, souligné que ladite pétition, contrairement à certaines rumeurs, ne portent pas sur la révision constitutionnelle mais revendique simplement la tenue des élections locales. Ces dernières qui, ont-elles poursuivi, sont tout autant nécessaires dans la mesure où elles favoriseront, de manière véritable ; la décentralisation du pouvoir. Pour elles, l’on ne peut parler de la décentralisation quand les dirigeants des entités territoriales décentralisées sont non élus mais nommés. Ce système de nomination serait à la base du clientélisme, du népotisme et de la corruption, ont-elles ajouté.

Au regard de leur quête, l’ECC et la CENCO expriment une certaine satisfaction quant au nombre 2 millions de signatures enregistrées qui, en effet, dépasse de 20 fois le seuil exigé par le Constitution qui est de 100.000 signatures. Et, ces organisations signalent que cette pétition montre, en effet, que le peuple congolais entend rester maître de son destin et jouer son rôle de souverain primaire dans la conduite des affaires du pays par ses élus.
Cependant, elles ont laissé entendre que leurs émissaires ont été victimes des menaces, intimidations et violences de la part de quelques autorités locales et des partis politiques qui estiment que la tenue desdites élections serait est une menace pour leurs postes.

Corneille Lubaki

MOT DU SECRETAIRE GENERAL DE LA CENCO A LA CONFERENCE DE PRESSE SUR LA PETITION DES CONFESSIONS RELIGIEUSES POUR LA TENUE DES ELECTIONS LOCALES
-Madame Honorable Présidente de l’Assemblée nationale,
- Monsieur le Directeur de Cabinet du Président de la République Démocratique du Congo,
- Excellence Monsieur le Premier Ministre,
- Excellences Messieurs les Ambassadeurs,
- Monsieur le Président de la CENI,
- Distingués Invités,
- Mesdames et Messieurs,
Nous vous souhaitons la bienvenue à cette conférence de presse sur l’annonce des résultats de la pétition pour la tenue des élections locales en République démocratique du Congo.
Cette conférence fait suite au lancement de la campagne de signatures pour cette pétition initiée par l’Eglise du Christ au Congo (ECC) et la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO).
Nous vous informons que la primeur de cette pétition a été réservée à la Haute Autorité de la République Démocratique du Congo, Son Excellence Monsieur le Président de la République.
Après deux mois d’enregistrement des signatures, il est tout à fait normal d’en faire le compte. Il convient de signaler que depuis le lancement de cette campagne des signatures, la presse de notre pays y attache un intérêt particulier.
En effet, le 28 mai 2019, l’ECC et la CENCO ont lancé la campagne des signatures de la pétition en vue de la tenue des élections locales prévues dans le calendrier électoral.
Le lancement de cette campagne des signatures par la CENCO et l’ECC était une réponse à la demande de la population congolaise à travers tout le pays. A son tour, cette demande est née de la campagne initiée par la CENCO sur l’importance des élections locales en avril et en mai 2019. La population s’est exprimée par des initiatives telles que les marches, les conférences de presse, les journées de réflexion organisée dans plusieurs villes et cités du pays, pour exiger l’organisation des élections locales prévues par la Constitution et programmées par la CENI. Malheureusement, la date de convocation de ces élections était dépassée sans que la CENI n’en dise un mot comme ce fut le cas en 2006 et en 2011. Le peuple congolais craint que ces élections locales soient jetées dans les oubliettes.
En effet, par des initiatives variées, les populations ont voulu montrer qu’elles veulent les élections locales qui n'ont jamais été organisées pour consacrer la décentralisation et la démocratie à la base.
D’ailleurs comment peut-on parler de la décentralisation quand les dirigeants des entités territoriales décentralisées « ETD » sont nommés et non élus par la population ?
Le système de nomination dans les ETD est à la base du clientélisme, du népotisme et de la corruption qui privent les populations des services sociaux dont elles ont besoin pour leur développement. En fait, les personnes nommées doivent rendre compte à ceux qui les ont nommées et non à la population.
Ce système perpétue la pauvreté, étant donné que les revenus des taxes et impôts enrichissent davantage les dirigeants et ce, de manière scandaleuse, alors que la population manque cruellement l’accès aux biens et services essentiels.
L’insalubrité, la vente des produits alimentaires à même le sol et le non- entretien des routes alors que les taxes sont régulièrement perçues auprès de vendeurs dans les marchés et les automobilistes, démontrent à suffisance les méfaits du système des nominations des dirigeants des ETD.
A notre avis, les élections locales pourront constituer un levier d'amélioration de la gouvernance locale sans laquelle, la pauvreté ne cessera d’augmenter.
-Madame Honorable Présidente de l’Assemblée nationale,
- Monsieur le Directeur de Cabinet du Président de la République Démocratique du Congo,
- Excellence Monsieur le Premier Ministre,
- Excellences Messieurs les Ambassadeurs et Chefs des Missions Diplomatiques accrédités à Kinshasa,
- Monsieur le Président de la CENI,
- Distingués Invités,
- Mesdames et Messieurs,
En son article 27, la Constitution de la République Démocratique du Congo stipule que « Tout Congolais a le droit d’adresser individuellement ou collectivement une pétition à l'autorité publique qui y répond dans les trois mois ». En son article 218 point 4, la Constitution dispose qu'une fraction du peuple congolais en l'occurrence, 100 000 personnes, s’exprimant par une pétition adressée à l'une de deux chambres peut lancer l'initiative de la révision constitutionnelle.
Afin d’éviter toute amalgame, la présente pétition ne porte pas sur la révision constitutionnelle. Elle ne revendique que la tenue des élections locales prévues par la Constitution en ses articles 174 à 178, 183 à 186, 190 à 195, 199 à 202 et 207 à 214 et par le calendrier électoral de la CENI publié, le 5 novembre 2017 par sa décision N°065/CENI/BUR/17 portant publication du calendrier des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales.
Pour matérialiser cette demande de la population, la pétition initiée par les Confessions Religieuses a recueilli en deux mois, 2 millions des signatures pour exiger la tenue des élections locales soit 20 fois plus que ce qui est exigé par la Loi suprême de la République Démocratique du Congo à savoir la Constitution, pour initier la révision constitutionnelle. Décès 2 millions, 1. 509. 549 des signatures, répondent aux critères établis. Ces critères sont la signature et le numéro de la carte d'électeur. 491. 541 personnes ont apposé leurs signatures mais n'ont pas inscrit les numéros des cartes d’électeurs.
Jamais dans l’histoire du pays, une pétition n'a récolté autant de signature. L’initiative de la CENCO et de l'ECC est une première pour montrer que le Peuple entend rester maitre de son destin et jouer son rôle de souverain primaire dans la conduite des affaires du pays par ses élus.
-Madame Honorable Présidente de l’Assemblée nationale,
- Monsieur le Directeur de Cabinet du Président de la République Démocratique du Congo,
- Excellence Monsieur le Premier Ministre,
- Excellences Messieurs les Ambassadeurs et Chefs des Missions Diplomatiques accrédités en République Démocratique du Congo,
- Monsieur le Président de la CENI,
- Distingués Invités en vos titres et qualités respectifs,
- Mesdames et Messieurs,
La signature de la pétition a été rendue possible grâce au travail des animateurs de proximité éparpillés à travers le pays à qui l'ECC et la CENCO adressent leurs gratitudes et sincères remerciements. Ces remerciements s’adressent également aux compatriotes à l'âge de voter qui, munis de leurs cartes d'électeurs, ont apposé leurs signatures en ayant compris l'importance du geste qu'ils ont posé pour leur avenir et celui du pays en général. La CENCO et l'ECC remercient aussi les Congolaises et Congolais qui, ayant perdu leur carte d'électeurs, ont signé la pétition pour montrer leur engagement afin d'exiger la tenue des élections locales.
Ce sens élevé de patriotisme, d'engagement et de responsabilité qui a caractérisé les compatriotes qui ont signé la pétition mérite une grande attention des dirigeants dans un pays qui se veut démocratique.
Cependant, la récolte des signatures ne s'est pas faite sans difficultés, notamment :
-Les menaces, intimidations et violences dont ont été victimes certains animateurs de la part de quelques autorités locales et des partis politiques. Ces autorités estiment que la tenue des élections locales est une menace pour leurs postes. Pour d'autres acteurs politiques, l'ECC et la CENCO n’avaient pas à interférer dans le processus électoral oubliant que les deux confessions religieuses font partie de la société civile et sont dans leur rôle prophétique pour le bien être de la population qui mérite mieux que leurs conditions actuelles de vie.
- La peur de certains compatriotes non seulement à apposer leurs signatures mais surtout à inscrire le numéro de leur carte d'électeur sur la pétition. Or, sans signature et ni numéro de la carte d'électeur la pétition serait sans valeur. Cette peur est sans doute une conséquence du climat d'intimidation et de répression qui a longtemps marqué notre pays et qui règne encore certains territoires alors que signer une pétition est un moyen non violent et légal de revendication prévue par la Constitution en son article 27.
- Les sérieuses difficultés de transport routier ont fait que certains papiers de la pétition ne nous soient pas encore parvenus bien que le travail ait été réalisé par les animateurs. Les signatures des endroits enclavés ne sont pas comptabilisées dans le lot attendues. Nous présentons nos excuses aux compatriotes sont les signatures ne nous sont pas encore parvenues.
Par cette pétition, l’ECC et la Cenco font traduire la volonté populaire de voir aboutir le processus électoral qui a conduit aux élections du 30 décembre 2018 afin de mettre un terme au système de nomination des animateurs des ETD pour que la décentralisation et la démocratie au niveau local soient effectives. Aussi, le cycle électoral qui, depuis 2006, n’est jamais allé en son terme après deux cycles, sera bouclé avec la tenue des élections locales.
Je vous remercie


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