«En Afrique, si vous voulez enterrer une affaire, créez une commission d’enquête », disait un éminent penseur. Une sentence qui va comme un gant au système judiciaire congolais.

On ne compte plus, en effet, le nombre d’enquêtes (non abouties) ouvertes à charge de politiques indélicats, de magistrats véreux, de diplomates mués en agents immobiliers bradant allègrement le patrimoine de l’Etat dans leurs pays d’attache, d’agents d’immigration corrompus et voire, de militaires en intelligence avec des puissances étrangères.
Des investigations jetées aux oubliettes aussitôt annoncées. C’est qu’il y a des précédents mémorables. Des jurisprudences, diraient avec emphase, les hommes en toge noire au rabat blanc. Parmi les plus emblématiques, les conclusions de la Commission des assassinats de la Conférence nationale souveraine (CNS) au début des années 90. Ses conclusions, étouffées dans l’œuf par la chape de plomb des phalanges mobutistes déployées au sein de tous les organes de l’institution sur laquelle trônait l’alors Mgr Monsengwo, ne seront jamais connues du Congolais lambda.
Entretenant durablement, par exemple, un lourd mystère sur qui avait signé le transfèrement du trio Lumumba-Okito-Mpolo au Katanga en janvier 61, où ils connaîtront une mort atroce. Et la CNS se termina en eau de boudin, comme on le sait.
En RDC plus qu’ailleurs, les années se suivent et se ressemblent. Ou plutôt, les affaires se suivent et se ressemblent. Le Procureur général près le Parquet de Matete, enjoint par le VPM à la Justice vient de lancer des réquisitions auprès des instances étatiques intéressées à divers degrés de compétences, dans la réalisation de 7 sauts-de-mouton en cours déployés sur quelques grandes artères de la capitale, est entré en action. Les responsables de la Banque Centrale, des ministères des Finances, du Budget et des Travaux publics, de l’Office des Voiries et Drainage et de l’Office des Routes sont invités avec fermeté à produire des pièces financières et techniques en rapport avec la conduite des travaux sur les chantiers aujourd’hui controversés des sauts-de-mouton.
L’opinion se souvient que l’ancien Conseiller du Président de la République en charge de lutte contre la corruption, la fraude et le blanchiment des capitaux, sous le dernier mandat de Joseph Kabila, avait, en son temps, ficelé des dossiers compromettants qui impliquaient diverses personnalités tant publiques que du secteur privé. Une montagne de griefs portés à la connaissance du Procureur général de la République Kabange Numbi, le même qui vient de quitter la même fonction à la Cour de cassation. Luzolo Bambi s’est toujours ouvertement indigné du manque de poursuites à l’encontre des incriminés.
Il appartient aux chantres du ‘’Changement’’ aujourd’hui au pouvoir, de démontrer leur volonté d’éradiquer, sans atermoiements, l’impunité par l’exercice d’une justice affranchie de toute entrave et d’appliquer, enfin, le principe universel du ‘’Nul n’est au-dessus de la loi’’. Mais aussi, d’apporter la preuve qu’il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières ou pis encore, d’une opération destinée à jeter de la poudre de perlimpinpin aux yeux d’une opinion excédée des excès ostentatoires de nouveaux intouchables qui n’ont de cesse de se faire du beurre sur le dos d’un peuple paupérisé qu’ils prétendent, pourtant, servir, avec le dernier des cynismes.

La Pros.


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