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L’investiture du Gouvernement Ilunkamba, sur base d’un programme pragmatique et réalisable, marque l’implémentation de toutes les institutions légitimes de l’Etat produites par le troisième cycle électoral. On vient de très loin.

Le chemin a été sinueux, assorti de tant d’épisodes d’anxiété généralisée. A cet égard, une exploration cartésienne de notre récente trajectoire historique, au-delà du négationnisme politicien et des affabulations populistes, démontre que Corneille Nangaa et la CENI sont indéniablement co-architectes de la prouesse historique célébrée en RDC en Janvier 2019. Ils sont aussi co-géniteurs de l’éclosion de nouvelles institutions étatiques que la vaste majorité de Congolais apprécie aujourd’hui. Voir l’UDPS de Tshisekedi au sommet de l’Etat (occurrence impensable il y a moins d’une année !) et partageant le pouvoir avec le FCC de Kabila, est presque surréel. Nous avons répété l’exploit impensable du régime 1+4 coagulant des anciens belligérants et adversaires politiques radicaux dans la noble finalité de la cohésion nationale. Nous vivons véritablement une ère nouvelle dans la maturation de la res publica comme espace d’existence collective.
Cependant, nous continuons à célébrer et à nous féliciter de l’alternance et ses nouvelles institutions, sans cogitation substantielle sur ces occurrences historiques. Sous cette lumière, cette réflexion est une interpellation républicaine collective. Elle est surtout un effort de la construction du sens sociétal de ces prouesses historiques par rapport à la fonction catalytique de Corneille Nangaa et de la CENI. Le postulat premier est qu’il est rationnellement impératif (au sens Kantien) pour la République de cerner l’essentiel nutritif du progrès collectif, au-delà des contradictions et des déficits indéniables. La conscience collective gagnerait plutôt par le discernement objectif du rôle catalytique du leadership de Corneille Nangaa et l’innovation techno-managériale de la CENI dans notre exploit historique d’une alternance pacifique productrice de nouvelles institutions dans la cohésion républicaine. Ces accomplissements font notre fierté aux yeux du monde, par la production des institutions légitimes, en transcendant nos adversités jadis radicales, alors que les prophéties de l’hécatombe foisonnaient sur la RDC.
1. LA CENI ET LA PERFORMANCE TECHNO-ELECTORALE DE LA MACHINE A VOTER : NOUS VENONS DE LOIN
Malgré ses déficits indéniables, le cycle électoral de 2018 a été reconnu par la vaste majorité d’experts nationaux, régionaux et internationaux, comme le meilleur de l’histoire récente de la RDC. Les experts de la MONUSCO l’ont aussi apprécié comme le plus pacifique et le mieux organisé des cycles électoraux en RDC, depuis 2006. Informé par les experts, analystes et renseignements américains, le Sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines, Nagy, a reconnu qu’il s’agissait des élections les mieux réussies de la RDC.
Certes, les déficits logistiques, les aléas techniques voire opérationnels ont été relevés. Les cas de certains candidats populaires qui n’ont pas été déclarés élus, malgré les votes significatifs en leur faveur, à cause du système de seuil, sont déplorables. La controverse de la vérité des urnes, par laquelle un candidat président malheureux a lancé une croisade mondiale pour clamer sa victoire, a aussi, dans une certaine mesure, étiolé un brin d’éclat de ce processus. Ensuite, les accusations de corruption aux élections sénatoriales ont apporté leur lot d’inquiétudes sur la dégradation éthique des politiques Congolais – et la CENI n’y est pour rien dans cette dégénérescence politicienne. Aujourd’hui, presque neuf mois après ces élections, la problématique des verdicts de la Cour Constitutionnelle validant-invalidant certains députés nationaux, a aussi amplifié l’aire de défaillance de notre praxis électorale. Mais, l’argument transcendantal et objectif, ici, est qu’il s’agit là des aléas exceptionnels (des occurrences de falsifiabilité, pour reprendre la thèse chère à Karl Popper). Elles dénotent et démontrent non pas une mauvaiseté fondamentale et irréparable de notre système (praxis) électoral, mais indiquent des imperfections opérationnelles que nous devons reconnaitre et corriger.
Cependant, dans une perspective transcendantale, il est plus rationnel et propice au progrès de la République, d’éviter une obsession désorientant sur les déficits (sans les ignorer) afin de repérer de manière générale nos avancées. Il faut impérativement les rendre intelligibles pour discerner les défis de cette phase de notre histoire afin de concevoir les meilleurs reformes et autres actions correctives. Celles-ci sont indispensables, tant sur le plan de notre système politique, du régime politique, de la loi électorale, ainsi que du management électoral dans certaines facettes.
A cet égard, l’un des aspects les plus déplorables et les plus inquiétants dans toute cette phénoménologie politico-électorale de notre société, c’est la révélation de la dramatique incapacité des Congolais (même les plus apparemment intellectuellement élevés), à faire preuve de faculté cartésienne, face à une innovation techno-électorale de leur propre pays. Bien au contraire, on a assisté au spectacle insolite d’une répudiation vilipendant la Machine à Voter, avec intense émotivité assortie aussi de frivolité. Et cela sans en avoir cerné la valeur ajoutée technique et informatique, de manière objective, au-delà des narratives politiciennes et autres élucubrations populistes.
Aujourd’hui, plus personne ne parle de la Machine à Voter. Il y a une année, l’atmosphère électorale était toxique et infernale, avec les accusations les plus funestes et les plus abracadabrantesques sur la MAV. «Instrument inventé par Kabila et Nangaa pour faire élire Ramazani Shadary dont le nom est déjà été injecté dans le programme par les Sud-coréens ; ordinateur structuré pour le noyautage des résultats par les pirates-mercenaires informaticiens au service du FCC », clamèrent les négationnistes. Pire, certains candidats présidentiels de l’opposition déclarèrent leur Fatwa sur la MAV, demandant aux électeurs de la bruler. Pourtant, en réalité, les experts Américains, Britanniques et Sud-Africains n’avaient décelé aucune déficience technique ou informatique majeure rendant cet outil «irrémédiablement impropre» aux élections. Mieux encore, la MAV de la CENI a été appréciée et admirée par les experts Africains. Elle est, jusqu'à présent, la plus avancée au plan techno-informatique que la première machine de ce type (fabriquée en Inde) et utilisée pour la première fois en Afrique en Namibie en 2014. Et les opérations électorales de décembre 2018 ont bel et bien prouvé que l’innovation techno-électorale de la CENI a bien rempli sa fonction. La MAV a facilité les opérations électorales et n’a pas enregistré les disfonctionnements techniques et informatiques des pannes généralisées, de fraude et encore moins de piratage dont l’affublait ses divaguant détracteurs.
Neuf mois après les élections, nous avons tout oublié. Aucun parti politique, ni leader politique sérieux ne parle des corrections à apporter à cette invention Congolaise que d’autres nations africaines comptent utiliser. Notre discursivité négationniste vis-à-vis de cette invention des compatriotes est révélatrice de cet instinct négationniste d’auto-impuissancisation encastré en nous. Nous devons en être exorcisés, pour mieux discerner nos prouesses propices au progrès collectif.
2. NANGAA EN LEADERSHIP DE VERTICALITE DANS UN CLIMAT POLITICO-ELECTORAL APOCALYPTIQUE
Dans le procès de l’histoire, lorsque les socio-scientifiques réexamineront les événements, à la lumière de la reconfiguration actuelle du champ du pouvoir en RDC, où l’UDPS est enfin à la tête de l’Etat et décide de qui peut être ministre (inimaginable il y a seulement 10 mois !), après 38 ans de lutte, et au regard des possibilités inouïes des avancées vers notre destin, surement ils feront jouir Nangaa d’un verdict anoblissant. Un verdict mérité surtout par rapport aux périls, défis, et contraintes contextuelles de son époque. Pourtant beaucoup de Congolais, intellos comme populistes, s’étaient délectés des sanctions infligées contre le Président de la CENI par une institution Américaine – malgré le caractère unilatéral du processus ayant abouti auxdites sanctions. Peu d’efforts intellectuels ont été déployés pour capter ces accusations de manière nuancée par rapport à certaines incohérences des griefs, et surtout par rapport à la contribution de Nangaa, comme président de la CENI, à notre récente histoire et ses avancées indéniables – que beaucoup d’américains reconnaissent.
Devoir de réminiscence républicaine: déjà en 2017, les tragédies politiques de 2015-2016, la crise de légitimité due au glissement, l’adversité-animosité toxique et amère entre la M.P et l’UDPS-Alliés, suite à la nomination des hauts cadres de cette dernière coalition (notamment Badibanga et Tshibala) comme premiers ministres, firent prédominer la projection de la non-tenue des élections.
A cor et à cri, on prophétisa des élections chaotiques aboutissant à la guerre civile en RDC. La problématique de la Machine à Voter et son rejet au vitriol, basé sur des argumentaires politiciens assortis d’indigence en connaissances techniques, amplifièrent la thèse de l’hécatombe électorale. Jusqu'à quelques jours des élections, en Décembre 2018, tant dans l’opposition que dans la majorité, très peu de nos pseudo-leaders politiques croyaient en la tenue des élections. Force est de révéler que même dans la Majorité Présidentielle, quelques têtes de proue n’y croyaient pas. Certains caciques affirmaient en privé que Nangaa était d’un dangereux donquichottisme et qu’il devait abandonner la MAV. Selon eux, la CENI devait reporter l’organisation des élections au moins une année encore, afin d’organiser les scrutins avec les bulletins en papier. Même des intellectuels de haut calibre dans la Diaspora, toute honte bue, exigèrent une «transition sans Kabila». Aujourd’hui on fête les ministres et on a tout oublié ! Alors que les experts internationaux venus de l’Afrique du Sud, des USA et de la Grande Bretagne, démontraient que la MAV de la CENI était une troisième version P3, porteuse des corrections technologiques et informatiques sur les vulnérabilités reprochées aux premiers prototypes P1 et P2, les accusations déjà battues en brèche étaient brandies pour en appeler à bruler cet outil. Sidérant !
Très peu d’esprits pouvaient élucider la possibilité d’un Nangaa marqué au fer rouge dans notre imaginaire collectif et accusé d’être au service du FCC et de J.Kabila, publier les résultats de l’élection présidentielle reconnaissant F.Tshisekedi vainqueur. Que Nangaa et la CENI aient eu la vaillance de publier les résultats de la victoire de l’opposant de l’aile la plus radicale de l’opposition, occurrence rarissime en Afrique, est une véritable prouesse historique à reconnaitre par la nation. Nous avons donc l’obligation morale de repenser Nangaa et la CENI dans notre imagerie collective et dans le procès de l’histoire.
CONCLUSION
EN RETROSPECTIVE NANGAA A DEJOUE UNE MACHINATION CONGOCIDE : UN MERITE REPUBLICAIN
Tout esprit serein, porteur d’une intellectualité dialectique équilibrée, permet de discerner et d’apprécier le leadership en verticalité inébranlable de Nangaa face aux torrents d’invectives, au climat politique toxique exsudant une négativité asphyxiante. Un esprit faible aurait inéluctablement flanché face à cette véritable avalanche de fatalisme et de défaitisme. Nangaa a résisté à toutes ces pressions vertigineuses et atroces émanant en profusion de l’opposition, de la société civile, de la communauté internationale, voire de certains ténors Kabilistes. Nangaa aurait rétropédalé en 2017-2018, et la RDC aurait connu une implosion pire que celle de 1996-2003. Les scénarios les plus méphistophéliques étaient déjà imaginés. Certaines puissances internationales avaient déjà apprêté des dispositifs militaires conséquents. Des contingents des forces spéciales étaient déjà positionnés dans les pays voisins. L’opinion publique ne le sait pas, mais les armées de pratiquement tous les pays voisins étaient en alerte.
Force est de souligner que beaucoup de Congolais, même ceux qui sont les plus tintamarresques, ne réalisent pas qu’en 2017-2018, en dessous de ce qui se faisait et se disaient, la RDC fut à la lisière de la désintégration. La machination avait pour schéma stratégique principal faire flancher Nangaa : le pousser à la démission pour bloquer la CENI, le désorienter pour abandonner la MAV et prolonger l’échéance électorale en faveur des bulletins en papier ou le contraindre à déclarer l’impossibilité d’organiser les élections, afin de s’accrocher à ce motif et enclencher l’apocalypse. Il faut donc faire preuve de faculté de discernement très élevé des événements politiques, au-delà des narrations partisanes et populistes, pour capter les vrais dangers, enjeux, et conspirations qui guettaient la République. C’est par ce regard transcendantal que l’on peut mieux repenser, reconceptualiser avec équilibre intellectuel, le rôle de Nangaa et de la CENI, propice au progrès collectif. Placide, convaincu des avantages de la technologie de la MAV et de l’efficacité organisationnelle de la CENI, Nangaa a gardé son focus sur les objectifs, les résultats sur terrains et l’horizon de la transformation de la société qui dépendait de la réalisation de ces élections. Comme République, nous devons lui reconnaitre cet exploit en leadership et management des opérations dans une atmosphère sociopolitique apocalyptique.
Aujourd’hui, neuf mois après la réalisation de ces élections productrices des institutions que nous célébrons, nous avons sombré dans l’amnésie. Mais, l’histoire et les faits continuent à donner raison à Nangaa : les acteurs des mutations historiques sont ceux qui savent garder les esprits sur les visées les plus élevées au bénéfice de la République, même face à un fatalisme généralisé. Sur ce même registre, J.Kabila, vilipendé, diabolisé, a gardé l’esprit fixé sur un horizon invisible aux âmes rampantes. Aujourd’hui, nous célébrons l’alternance, et nous apprécions les premières réalisations du Président F.Tshekedi suite à son programme de 100 jours. Nous voyons déjà les possibilités du changement (capitalisant les avancées reconstructives du régime J.Kabila). Il est immoral de faire preuve d’amnésie, d’être obsédé par les occurrences aléatoires et d’ignorer, pire de diaboliser, les acteurs ayant contribuéà cette alternance et les périls qu’ils ont affronté. La République, comme espace d’éclosion de notre humanité rationnelle, doit impérativement reconnaitre les apports de ses filles et fils, malgré les imperfections, pour naviguer avec bonheur vers les horizons de sa destinée.
HUBERT KABASU BABU KATULONDI
(Libre-penseur et Ecrivain)

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