Ce lundi 3 juin 2019, je me suis promis de poursuivre mon récit sur mon séjour à Kinshasa, j’ai lu beaucoup de réactions et je me suis dit qu’il fallait absolument persévérer. Ben voilà. L’inspiration ne vient pas tous les matins. Alors je décide d’écrire ce qui peut me venir en tête.

Trêve de tergiversations. Hier je contais que je connaissais le fils du Leader défunt Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, l’actuel Président de la République Démocratique du Congo. C’est pour lui que j’ai fait le voyage de Kinshasa.
Je suis donc dans le véhicule affrété pour mon séjour et nous sommes en route pour le stade des martyrs de Kinshasa. Nous arrivons. Il nous faut nous frayer un chemin. Heureusement, certaines personnes nous reconnaissent, le gouverneur Gentiny Ngobila Mbaka et moi. Nous avons accès aux tribunes. Une place m’avait été réservée et je ne le savais pas. Ah bon! En plus aux côtés des officiels. J’avais pris le soin de dire au protocole que je n’étais pas un officiel de la République de Côte d’Ivoire venu représenter le Président Ouattara et que j’étais là à titre privé. Je ne souhaitais pas une confusion des genres. Je ne voulais surtout pas subir une humiliation. J’imagine que le régime au pouvoir en République de Côte d’Ivoire s’empresserait de dire que je suis un usurpateur. D’autant que j’avais entendu dire que l’Ambassadeur Diané Mamadi (un de mes aînés appréciés et modérés) serait le représentant du Président Ouattara à ces obsèques. Je ne cherche pas palabre comme on dit chez nous en Côte d’Ivoire. J’ai pris mes précautions. J’ai clarifié la situation avec le protocole kinois et j’ai demandé à aller m’asseoir dans la foule des militants. C’est là que je voyais ma place de citoyen lambda dorénavant. Il m’a été rétorqué que :-Non. Premièrement vous êtes l’ami et le frère du Président de la République. Votre place n’est pas dans la foule, mais parmi nos hôtes de marque.
Je me suis dit intérieurement : est-ce possible d’être ami à un Président de la République ? Est-ce faisable ? J’ai été tellement traumatisé dans mon pays et par mon expérience personnelle que je n’en crois pas mes oreilles. Être ami à un Président ? Les gens changent tellement vite. Quand tu le connais dans l’opposition, oui tu le connais dans l’opposition (mais dans l’opposition seulement) il est si gentil et affable. Mais une fois devenue Président de la République prends garde! Attention! Le Président Obasandjo nous disait un jour que lorsque ton propre fils devient Président, il n’est plus ton fils : c’est Monsieur le Président et surtout ne t’avise pas à te présenter comme son papa (je vous le dis deh. vous ne reconnaîtriez pas votre fils). Oui, bien sur, j’ai connu dans une autre vie et de grands présidents comme les Eyadema père, Mouammar El Kadhafi, Blaise Comparé pour ne citer que ceux-là. Mais eux avaient démystifié le pouvoir. Ils me prenaient comme son fils. Avec eux, je n’étais pas traumatisé. Je pouvais me permettre de les appeler à tout moment. De débarquer chez eux sans prévenir : c’était un autre niveau, peut-être une autre époque. D’ailleurs, c’est ce que je fais avec le Président Sassou, l’un des rares Présidents chez qui je peux débarquer sans prévenir. Ou m’inviter en intrus à sa table pour prendre le petit déjeuner. J’entends la voix du père Eyadema (Et ce n’est pas le Président Faure Gnassingbé lui qui me contredirait, encore moins le fils Mey Gnassingbé lui qui limite fort bien) me disant à ce propos : « je ne veux pas faire comme la mouche qui s’invite à la table du roi sans être conviée ! »

C’était un jour à Lomé II, quand je lui faisais remarquer qu’il ne s’était pas attablé avec nous dans la salle à manger. Alors entendre ainsi dire par le protocole kinois que j’étais ami et frère du Président de la République Démocratique du Congo m’a troublé. Deuxièmement, on m’a fait savoir que j’étais au strict plan protocolaire, Premier Ministre Honoraire et Président de l’Assemblée Honoraire (j’avoue mon ignorance sur le sujet. Chez nous en CI on dit de vous EX-PM ou EX-PAN. Il semble que c’est une tradition belge. Je n’en sais rien. Je vous relate juste ce que j’ai entendu et qu’à ces titres ou qualités, je ne pouvais pas rejoindre la foule des militants sur l’autre versant du stade. Mais que j’avais ma place au sein de la Tribune officielle. (Ah moi j’ai peur de). Il ne faudrait pas que les hautes autorités d’Abidjan le prennent mal. Et s’imaginent que je suis venu usurper la qualité d’envoyé spécial du Président Ouattara. Le sans grade que je suis désormais. Il semble qu’il se racontait dans l’entourage du Président que si je faisais autant le malin, c’était parce que j’avais la qualité de président d’institution. Qu’une fois dénudé, cette auréole levée, je serais rabougri et réduit à ma plus simple expression. J’ai tendance à penser que ce n’est pas le poste qui fait l’homme. C’est plutôt l’homme qui fait le poste, pour parler prosaïquement. Mais qu’on se comprenne bien. Il y a des gens qui ont du charisme propre. Mettez-les dans la nuit noire et ils l’illumineront par leur seule présence naturelle.

C’est Dieu qui le veut ainsi. Presque craintif et rétif, je m’assois donc à la place désignée et parmi les officiels. Un grand ami que je reconnais vient à moi et me dit :-Mais Guillaume, pourquoi te caches-tu ? Pourquoi passes tu incognito? Allez ! Viens saluer les Présidents ils sont assis à ta gauche. Ils seront contents de te voir. Quoi? Lui dis-je, je suis pétrifié. Fendre la Tribune pour aller saluer les Présidents devant tout le monde ? C’en est Trop! Je ne peux. Avec toute sécurité. Non. Mon ami, conseiller spécial de son état, ne s’en laisse pas conter. Il me prend par le bras et m’emmène d’abord auprès du Président Sassou qui, affectueusement, comme il sait bien le faire, m’embrasse. Ensuite, le Président Félix Tshisekedi à son tour m’embrasse et m’étreint. Moment intenses et mémorables de fraternité sans fards. Ces photos feront le tour des réseaux sociaux. Je vous conte ce petit passage parce que justement c’est la première sortie que j’effectue hors de mon pays depuis ma démission du poste de Président de l’Assemblée Nationale et que je revêts le seul titre de député. J’appréhendais la façon dont la sphère des grands types me recevrait dans leur cercle bien coté. Surtout que mes détracteurs les plus acharnés annonçaient ma déchéance totale. Je voulais me faire le plus effacé, invisible et anonyme possible. Vous comprendrez donc mes hésitations. Ouf, j’ai été autorisé à saluer les Présidents et l’épouse du Président Félix.

Là, je suis plus en confiance. L’accolade du Président Félix m’a fait du bien et je me dis : mais il est exactement le même ! C’est l’homme que j’ai connu dans l’opposition. C’est donc possible alors? Le Président Félix, je l’ai connu bien avant. Et nous avons lié amitié. Une amitié désintéressée. Je ne savais pas qu’il deviendrait Président de la République et lui n’imaginait certainement pas que je serais un chômeur dans la République de SEM Ouattara Président. Je me souviens de notre première rencontre et c’était à l’Abidjan dans ma même maison de Marcory que vous connaissez, pour certains. Comme on dit chez nous en Côte d’Ivoire, le courant est vite passé. Nos atomes crochus se sont bien assortis. J’ai encore les vidéos et les photos, quand nous nous souhaitions les joyeux anniversaires en hommes simples, époutiés de nos titres. Homme chaleureux et vrai, c’est ainsi qu’il m’est apparu. Il me disait vouloir reprendre la relève de son père. Je ne voyais en lui aucune obsession. Mais beaucoup d’humilité et de simplicité. Pour moi, c’était de bons signaux. Il est mon aîné de 9 ans. Mais jovial. Nous bavardâmes le premier jour de tout et de rien. Du Congo, de l’Afrique. Il me fit part de ses ambitions. Je l’encourageai. Après, nous eûmes d’autres rencontres ici et ailleurs, etc…j’ai noté son souci constant pour la paix dans le pays. La suite allait confirmer mes intuitions! Comme j’ai coutume de le dire, n’arrive à l’homme que ce que Dieu permet. Avant la Présidentielle, les prédictions étaient toutes autres. En parlant avec beaucoup d’amis congolais, très peu pariaient sur lui. Certainement et connaissant les hommes, beaucoup viendront maintenant dire qu’eux aussi croyaient en lui, mais qu’ils le soutenaient dans l’ombre (c’est une notion que j’ai jamais comprise. L’art du soutien invisible…). Mais qu’à présent (devenu Président) ils l’aiment plus que lui-même. Les escrocs, sous toutes les latitudes, ont toujours le même discours. Comme du reste c’était le cas avec Macron en France, à l’exception d’un certain Jacques Attali, que j’ai eu l’occasion de rencontrer à Paris. Pour être honnête, je me disais que je n’étais pas un devin mais que l’amitié me commandait de soutenir massivement et sans hésitation mon ami Félix Tshisekedi, d’autant que mon autre grand ami Frère, Moïse Katumbi, n’était plus en lice, injustement écarté de la compétition comme on le sait. Dans la sphère politique au Congo, ce sont deux présidentiables que je connaissais. J’espérais saluer Katumbi ici au Congo mais aux dernières nouvelles reçues de Francis Kolombo, il était hors du pays. Aujourd’hui, je leur souhaite de tout mon cœur, de bâtir dans la concorde, la fraternité et le pragmatisme, le Grand Congo dont rêve tout africain digne de ce nom, qui pourrait être le plus puissant moteur du décollage économique, social et géostratégique de l’Afrique continentale. J’en ai autrefois parlé ici même à Kinshasa, dans mon discours devant le Parlement congolais, en mars 2013. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à le retrouver et à le relire.
Mais, dans mon prochain et dernier épisode de « la-Belle », je voudrais insister sur l’objet de ma visite. Je partagerai de mon mieux avec vous, les émotions vécues pendant la cérémonie des obsèques du héros national congolais Etienne Tshisekedi, mentor de la lutte du peuple congolais pour la restauration du pluralisme démocratique. De Kinshasa-la-belle, je vous salue encore.

Guillaume Kigbafori Soro

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