1. Mondialisation de l’économie


Au cours de vingt dernières années, on assiste, à l’échelle mondiale, a un mouvement d’intégration des marches nationaux des biens, services et des capitaux. Ce développement des échanges commerciaux et financiers entre les opérateurs installés dans les pays différents est connu sous le néologisme« mondialisation». Depuis la fin de la guerre froide, le mouvement d’intégration des pays en développement au commerce mondial, longtemps cantonné à une poignée de pays s’est globalisé. Hormis l’Afrique subsaharienne, les régions du monde telles que l’Amérique latine, l’Asie du Sud-Est et l’Asie centrale prennent une place grandissante dans l’économie mondiale du fait de l’intensification de leur commerce avec les pays industrialisés et de l’apport des capitaux privés étrangers.
De fait, l’ouverture des économies du tiers-monde a permis aux sociétés multinationales, en pleine crise de productivité depuis les années 70, de délocaliser la production et d’internationaliser leurs stratégies de distribution de biens et services. Sur ces entrefaites, le partenariat entre les entrepreneurs des pays en développement et les sociétés transnationales s’est renforcé au travers les investissements étrangers directs (IED), d’une part, l’afflux de capitaux privés étrangers sous forme d’investissements de portefeuille, d’ autre part.
2. Avantages de la mondialisation
La mondialisation n’est pas une nouvelle forme de l’impérialisme en ce qu’elle corrige les abus des relations économiques traditionnelles, ainsi que la division du travail entre pays industriels et pays producteurs de matières premières qui, pour Karl Marx , constituait une occasion d’ augmentation de la plus-value et, partant, une source d’ enrichissement exclusif des pays capitalistes. Bien au contraire, le courant de mondialisation a contribué à l’accroissement du rôle international des pays du tiers-monde et de leur influence sur le pays industrialisés. Il a suscité l’industrialisation rapide de certains pays du tiers-monde tels que le Mexique, le Brésil, la Corée du Sud, le Taiwan, la Chine, l’Indonésie, la Malaisie…
En somme, les avantages de la globalisation démontrent à l’évidence qu’aujourd’hui, la question n’est plus, pour les pays en développement, de savoir s’ils peuvent ou ne pas adhérer à ce courant, mais plutôt de définir les conditions d’une intégration bénéfique.
3. Contraintes économiques de l’Afrique subsaharienne
Fondamentalement, les économies africaines sont basées sur un système dualiste juxtaposant deux secteurs, le moderne et le traditionnel, le formel et l’informel : l’industrie extravertie ne peut donner des impulsions bénéfiques à d’autres secteurs comme l’agriculture, le tertiaire, l’informel, le rural… Le but essentiel de l’activité économique consiste à produire des matières premières pour les besoins de la métropole et non l’amélioration du bien-être général de la population.
Tandis que la société traditionnelle, confinée dans l’informel, ne parvient pas à réaliser une mutation profonde de ses structures d’autoconsommation en vue de passer à l’économie moderne d’échange.
KUZNETS attribue le sous-développement à cette insuffisance dans l’exploitation du potentiel de croissance disponible. Cette contrainte est exacerbée par le fait que le continent africain est trop fragmenté avec des multiples pays enclavés.
En Afrique, les économies sont tellement désarticulées que l’abondance de ressources naturelles ne peut imprimer un cycle vertueux vers le développement. Pour les nationaux, l’esprit d’entreprise est étouffé par une fiscalité prohibitive et la déperdition de l’épargne publique dans les éléphants blancs et les dépenses politiques. D’où l’éviction des entrepreneurs nationaux et l’absence du lien entre le taux de croissance et la réduction de la pauvreté.
4. Situation des investissements étrangers directs (IED) de 1990 à ce jour :
Alors qu’elle a progressé de plus de 20 % au cours de la décennie 1990, la croissance annuelle moyenne de l’IED n’a été que de 1% depuis la crise financière de 2008.
Cependant, la croissance tendancielle de l’IED est répartie en hausse en 2018 : la valeur des projets d’investissement de création de capacités a augmenté de 41 % pour atteindre 961 milliards de dollars, principalement du fait du doublement des projets annoncés en Asie.
L’Asie est restée la première région bénéficiaire de l’IED, avec 39 % des entrées mondiales en 2018, soit 512 milliards de dollars, grâce aux investissements considérables des pays asiatiques profitant de la délocalisation de l’activité manufacturière en provenance de la Chine et des programmes colossaux d’investissement réalisés au sein du bloc régional ASEAN.
En ce qui concerne le continent africain, les flux d’IED ont augmenté en 2018 pour atteindre 46 milliards de dollars, soit 3,5 % du total mondial, grâce à la hausse des prix et de la demande de certains produits de base, entraînant des investissements soutenus dans le secteur des ressources naturelles. Cantonné dans les secteurs minier et pétrolier, l’afflux d’investissements est plus diversifié dans une minorité des pays comme le Kenya, le Maroc et la Tunisie, résultant des mesures de facilitation du commerce et des zones économiques spéciales (ZES) destinées à attirer les investissements. (Rapport sur l’investissement dans le monde, CNUCED 2019).
L’Afrique présente globalement beaucoup d’opportunités d’affaires pour l’exploitation des ressources minières et en tant que marché émergeant pour les exportations des pays développés.
Selon le rapport Africa-Pulse publié par la Banque mondiale en septembre 2016, le progrès dans l’agriculture permettra au continent africain de capitaliser sur le développement rapide de ses marchés, qui devraient représenter près de 3.000 milliards de dollars d’ici 2030.
Plusieurs initiatives internationales contribueront à l’accroissement des investissements en Afrique, notamment : l’AGOA (African Growth and opportunity Act), un système préférentiel mis en œuvre en 2000, reconduit en 2015 jusqu’en 2025, pour accroître et diversifié les exportations vers les USA; le 3e forum de coopération entre l’Afrique et la Chine (Pékin septembre 2018) avec de promesses d’investissements de 60 milliards de dollars sur 3 ans ; le 1er sommet Russie-Afrique à Sotchi en octobre 2019 qui a conçu une nouvelle donne géopolitique en dehors de l’Occident et qui se propose de doubler les transactions économiques à 40 milliards de dollars en 5 ans ; la conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) co-organisée avec l’ONU, la Banque mondiale et l’Union Africaine.
Par contre, les accords de partenariat économique entre l’Union Européenne et les pays ACP qui ambitionnent depuis l’année 2014 de lever les barrières commerciales tarifaires (droits de douane) pour les exportations des pays ACP, tout en les obligeant à ouvrir leurs marchés aux biens et services européens, ce qui engendrerait la perte de rentrées fiscales. Ainsi, en 2015, seulement 7 États ACP et seulement 16 des 28 États membres de l'Union européenne ont ratifié ces accords.
Ces belles initiatives traduisent un environnement international favorable aux pays africains, quitte à leurs gouvernements d’adopter des réformes socioéconomiques et politiques afin de prendre ce tournant historique vers l’émergence du continent. Faute de tirer parti de cette aubaine, l’Afrique risque d’être envahie par les puissances impérialistes pour faire main-basse sur ses ressources comme en 1885. En effet, elles ne devraient pas faire oublier que le monde est entré dans une guerre commerciale et dans un cycle de criminalité intense.
D’après un rapport publié en 2017 par l’organisation Global Financial Integrity (Washington), le chiffre d’affaires annuel de onze des principaux marchés illicites serait compris entre 1.600 et 2.200 milliards de dollars. Il s’agit entre autres de la vente de la drogue, de l’extraction minière illégale, du vol des minéraux et biens culturels, de l’abattage illégal des forêts…
Certaines organisations soutiennent également que l’ouverture totale au commerce international serait néfaste pour des pays dont l'économie dépend largement de l'agriculture, tels que ceux d'Afrique de l'Ouest. Des exemples venant de pays connaissant des accords de libre-échange depuis plusieurs années (Jamaïque) montrent la destruction complète de filières agricoles autrefois rentables, et l'appauvrissement conséquent des producteurs et des populations rurales.
5. Conditions pour attirer les investisseurs
Les politiques publiques devraient contribuer globalement à l’amélioration du climat des affaires, non seulement pour attirer les investisseurs étrangers, mais également les entrepreneurs et PME nationaux.
Au lieu de monter un système d’exonérations fiscales et concessions tarifaires réservées aux sociétés transnationales, la réforme de bon aloi serait la refonte du système fiscal (suppression de 80 % de taxes non rentables) pour alléger les charges d’exploitation des PME nationaux, dans le but de vivifier l’esprit d’entreprise et l’autonomisation des populations.
En outre, les entreprises publiques devraient être soumises à un assainissement drastique en vue de rééquilibrer leurs comptes d’exploitation. Tandis que les finances du gouvernement et des collectivités locales seraient strictement gérées, avec un tableau de bord financier en temps réel, la numérisation de la comptabilité, l’adjudication des contrats et marchés publics, l’indépendance de la banque centrale à l’abri des politiciens, la publication des comptes dans le site web, l’édification d’un système financier national inclusif…
Dans le registre politico-social, les réformes salutaires toucheraient au système éducatif, à la recherche scientifique et à la culture, à la liberté de presse, à la sécurité civile et la justice, à la santé et l’alimentation, à la lutte contre le banditisme et la toxicomanie…
Au bout du compte, les entrepreneurs nationaux revigorés, les sociétés coopératives, les entreprises publiques assainies et l’Etat-économe, pourront s’ériger en partenaires pour les investisseurs étrangers et le socle qui va attirer les IED.
Cependant, l’amélioration de la gouvernance reste la condition sine qua non d’accès au marché financier et aux IED. Cela ne peut se réaliser que par la lutte contre la corruption au travers de nouvelles plateformes de dialogue impliquant les citoyens et les entreprises.
De tout temps, la réforme politique est la meilleure voie de la réussite économique. Il faudrait abolir le système politique dirigiste basé sur la grande corruption et la captation de l’Etat par les hommes du sérail. La méritocratie et la sélection rigoureuse des politiques, le relèvement de la moralité publique, la réforme du système électoral en vue de proscrire la marchandisation des suffrages…
Il va sans dire que l’incapacité à donner une assise solide au développement a exacerbé les conflits sociaux, l’appétit des puissances étrangères et l’instabilité politique (Leipziger D. et ali 2006). Sans réforme fondamentale des structures économiques extraverties et de quasi-subsistance, la démocratie et l’Etat de droit resteront une asymptote.
Les gouvernements africains devraient rationaliser la gestion des ressources naturelles et minières en utilisant les techniques modernes et le suivi satellitaire, tout en interdisant l’exploitation artisanale, en fermant les frontières, excepté les postes de passage réservés au trafic international et, finalement, en dotant la brigade douanière et les agents de migration d’armes de défense.
Pour la RDC, le programme d’électrification à grande échelle à partir des énergies renouvelables, conférerait une attractivité économique et écologique à une gigantesque zone économique spéciale, développant une industrie « sobre en carbone », prévenant la surtaxe des produits par une fiscalité carbone en hausse. (Magasine Croissance janvier 2020).
Plusieurs secteurs constituent des niches susceptibles d’attirer les investisseurs à condition d’être soutenus par un fonds souverain : la substitution des importations alimentaires, le développement du textile et modèles africains, la participation de l’actionnariat local dans les grandes industries, la sous-traitance dans la production minière, l’environnement et tourisme, promotion et professionnalisation des sports, musique et culture, la protection de la propriété intellectuelle, la promotion du numérique et des métiers du futur…
Par-delà les politiques économiques, les pays africains qui contribueront aux efforts de réduction de gaz à effets de serre mondiaux, pourront bénéficier du Fonds Vert mobilisé en faveur des PMA depuis l’accord de Copenhague en 2009 (100 milliards de dollars à partir de 2020).
8. RECOMMANDATIONS
Dans cette perspective, le gouvernement de chaque pays ne devrait plus se disperser dans des programmes poursuivant des objectifs diffus, mais plutôt mener un diagnostic afin de déterminer les secteurs qui ont un impact majeur sur le développement des autres secteurs.
Etant donné que les investissements suivent « where the business is », il faudrait d’abord attirer les capitaux des nationaux avant d’être attractifs pour les investisseurs étrangers.
Dans tous les cas, le progrès est une démarche introspective qui devrait partir de la connaissance de l’Africain et de son milieu (recherche scientifique), afin de développer les chaînes de valeur dans le secteur informel et dans le monde rural. En priorité, réformer les structures économiques héritées de l’époque coloniale, en professionnalisant les métiers du secteur informel et en autonomisant les populations rurales, aux fins de la participation active de tous les citoyens à l’activité économique.
Il y a urgence de diagnostiquer les distorsions internes qui brident la croissance et la productivité des facteurs ainsi que la compétitivité de l’économie nationale. Bref, il faudrait relever tout ce qui empêche l’exploitation optimale du potentiel socio-économique afin d’améliorer le bien-être général.
En tant que nouveau paradigme, le système coopératif africain est la voie royale de réalisation combinée des objectifs de développement durable (ODD). En effet, le coopératisme peut contribuer à la résolution des problèmes structurels et institutionnels, ainsi qu’à la levée des entraves endogènes et exogènes qui brident la croissance économique de nombreux pays africains, et ce, en bannissant toutes les discriminations ethnique, tribale, politique ou religieuse.
A tout prendre, les réformes sous la bannière du mouvement coopératif tonifieraient la dynamique de la production des secteurs informel et rural, de manière à inciter les communautés villageoises à opérer rapidement et profondément leur mutation vers la modernité économique.
C’est précisément en réussissant à déclencher la croissance dans l’agriculture, dans un continent qui a une vocation agricole, que le mouvement coopératif fournira à l’immense majorité des africains les moyens indispensables à la création et entretien des équipements collectifs, faisant des communautés rurales, les pôles de développement économique.
A l’instar des pays d’Asie, les Etats africains se doivent d’améliorer le système éducatif en vue de se doter d’un capital scientifique, permettant de bâtir une économie privilégiant les intérêts nationaux. « L’union fait la force », telle est la devise coopérative et le credo des peuples suisse, israéliens et danois. Ces derniers ont puisé dans la doctrine coopérative les ressources pour instaurer un système d’autogestion de principales branches de leur économie nationale, et développer le savoir-faire scientifique et le courage de surmonter ensemble n’importe quelle difficulté. Particulièrement, les kibboutz israéliens étaient inspirés de la vie des apôtres de Jésus-Christ qui menèrent une existence communautaire, rattachée à la Bible, en guise de leur expression de l’amour de Dieu et du prochain (Actes 4 : 32-35).
De ce point de vue, il faudrait une révolution morale et spirituelle dans les institutions et dans toute la nation. L’évangile de Jésus-Christ peut alors constituer une voie de sortie de crise, en instruisant les peuples à rechercher les valeurs morales et spirituelles qui constituent le code déontologique du développement socio-économique, et la clé de maîtrise de la donne économique (2 Chroniques 7 : 14 et Malachie 3 : 10-18).
Vivement, la réforme coopérative suscitera l’avènement, en Afrique, de l’Etat de droit, efficacement décentralisé, relevant la moralité publique, cultivant le patrimoine scientifique qui amènera les Africains à contrôler l’économie nationale, et à attirer les investisseurs étrangers.
Albert LUTETE
Expert Economiste Indépendant

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