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A l'examen des faits, tant sur le plan de la sécurité que du risque sanitaire lié au virus Ebola, la décision unilatérale et brutale de la CENI n'apparaît pas justifiée. C'est une décision grave qui fait suite à d'autres décisions prises par la CENI sans aucun consensus des forces politiques, sans consultation de la population. Plus grave encore, elle compromet à long terme la légitimité des autorités publiques à Beni, Butembo et Yumbi, dont la population serait privée du droit fondamental à choisir ses dirigeants.

La CENI vient d'exclure Beni, Butembo et Yumbi de l'élection présidentielle. Population martyre de la République, frappée dans sa chair, laissée pour compte, privée de sécurité et d'ordre public, elle ne choisira pas ses dirigeants.
La CENI a une nouvelle fois agi seule. Sans consensus des forces politiques. Sans consultation de la population locale. En a-t-elle même le droit ? C'est une décision grave dont il est difficile de mesurer les conséquences, très probablement irréparables.

Comment jugez-vous l'action du Président Félix-Antoine Tshisekedi ?

Privée de sécurité, premier des droits humains. Privée maintenant d'un autre droit humain fondamental, le droit à la participation à la direction des affaires publiques de son pays. Ce droit est, pourtant, consacré à l'article 21 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948, dont on vient de fêter le 70ème anniversaire le 10 décembre.
L'article 21 dispose que la volonté du peuple est le fondement de la légitimité des autorités publiques.
Il ne fait que peu de doute que l'insécurité est liée à la faiblesse de l'Etat et de la légitimité des autorités publiques.

La décision de la CENI ajoute un problème à une situation déjà critique. Quelle légitimité auront les autorités publiques nationales à Beni, Butembo et Yumbi alors que la population n'aura pas pu les choisir ?
A cela s'ajoute des conséquences potentiellement extrêmement sérieuses sur le résultat des élections. Sans Beni, Butembo et Yumbi, les résultats des législatives nationales peuvent-ils être proclamés ? Et quand ?
Concernant Ebola, quelles sont les chiffres et preuves d'un risque majeur de santé publique, d'une telle gravité qui pourraient justifier d'exclure la population de l'élection présidentielle, lui interdisant de choisir ses dirigeants ?
La Céni a-t-elle des éléments significatifs de la part de l'organisation Mondiale de la Santé ?

Comment expliquer encore que la population ait été enrôlée, que la campagne ait eu lieu, que la Monusco est sur place, avec les FADRC, que les habitants se rendent à leur travail, au marché, à l'école ; bref, ils mènent leurs activités normalement ?

Il semble que paradoxalement, Ebola ne paralyse pas l'activité économique et sociale de Beni et Butembo.

Il semble même que la décision solitaire de la CENI perturbe plus la vie économique et sociale que le virus Ebola, lui-même.

Il faut une réunion de toute urgence de la CENI, des autorités sanitaires nationales et provinciales, des médecins des hôpitaux de Beni et Butembo, avec l'OMS et MSF, de l'état-major de l'armée, des représentants de la société civile, en présence des candidats à l'élection présidentielle pour mettre sur la table, tous les éléments qui pourraient justifier ou exclure une décision, telle que la CENI vient de prendre sans aucun consensus.

La CENI mesure-t-elle l'impact de sa décision solitaire ? Après le report des élections du 23 au 30 décembre et l'arrêt brusque de la campagne, c'est un nouveau coup de poker contre la démocratie. Agissant seule et sans justification, toujours dans le sens d'une restriction (ou répression ?) des droits fondamentaux, la CENI diminue encore la transparence et la confiance dans le processus électoral.

Séparer Beni et Butembo de la République est un acte grave. Contre l'unité de la République. Contre la souveraineté de la Nation. Contre notre démocratie en construction que la CENI est chargée par la Constitution de renforcer, de faire vivre et rayonner pour notre développement à toutes et à tous.

C'est un acte grave qui fait suite à une série de décisions qui divisent la Nation jusqu'à la pousser au bord du chaos. Il y a eu le choix de la machine à voter. Il y a encore un fichier électoral en partie corrompu. Il y a le report des élections et l'arrêt de la campagne. Maintenant, la division, au sens littéral, du territoire, avec l'exclusion de Beni, Butembo et Yumbi.

Il semble tout à fait inconcevable que les autorités soient incapables d'assurer la sécurité, même temporaire, d'une journée d'élection. Avec l'armée et l'ensemble des forces de sécurité, avec l'aide de la Monusco, est-ce qu’il n'est pas concevable que la sécurité publique ne puisse être garantie, ne serait-ce que pour 24 heures ?

La décision de la CENI est, en réalité, une récupération politique inacceptable de la misère et de l'insécurité de la population de Beni et Butembo. Et par delà, c'est une décision qui va faire perdurer la crise de légitimité des autorités publiques en RDC.

Samy Badibanga Ntita


RASOIR

«Fiasco», c’est un mot d’origine latine, qui symbolise un échec total ou monumental, qui arrive dans une situation donnée, dans la vie des êtres humains. Hélas !

Le décor planté en ce moment même au sein du microcosme politique de l’opposition laisse entrevoir un fiasco qui, sans aucun doute, serait difficile à effacer d’aussitôt dans les mémoires des congolais lambda. Cela, en perspective du scrutin du 23 décembre 2018, où au regard de ce qui arrive, laisse le couloir au Candidat du FCC. Eh oui, 24 heures ont suffit pour que, sur les sept ténors de l’opposition qui ont fait le déplacement de Genève, deux membres ‘’trahissent’’, au bas mot, le compromis pris à Genève, lequel a propulsé Martin Fayulu Madidi comme candidat commun de l’opposition.

A ce stade, Faudra-t-il encore parler de la trahison venant de la part de Kamerhe et Fatshi ? Le revirement brusque de ces deux leaders de l’opposition, après la pression de leur base respective, est-il vraiment justifié? Que dire du rendez-vous de la Suisse ? Etait-ce un règlement des comptes des trois candidats écartés à la course pour la magistrature suprême, à savoir : Bemba, Katumbi et Muzito, qui auraient choisi un candidat qui plaiderait leur cause ? Que des questions sans réponse. En effet, l’issue des concertations de l’opposition à Genève avait présagé d’ores et déjà les couleurs de prochaines élections qui vont être organisées par la Centrale électorale, sur la capacité des uns et des autres à mettre, chacun, de l’eau dans son vin et d’harmoniser les vues de chaque prétendant, en se mettant ensemble comme il faut, pour gagner les élections à venir.

Toutefois, succombant aux caprices de la base de l’UNC et de l’UDPS, Kamerhe et Tshisekedi se sont désolidarisés des conclusions de Genève, laissant Martin Fayulu avec quelques camarades invalidés, à poursuivre le schéma établi dans la Capitale helvétique. Ainsi, avec cette division spectaculaire, les Opposants laissent passer la chance d’espérer à la victoire finale après le 23 décembre 2018. De l’autre côté, le Front Commun pour le Congo -FCC-, avec sa “machine à gagner”, semble avoir pris une sérieuse avance sur les enjeux électoraux qui se peaufinent à l’horizon.

La Pros.