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*La sortie en 2018 du livre de Mme May Servais Declaye intitulé: «Auguste Buisseret mon grand-père (1888-1965)» aux éditions Centre Jean Gol à Bruxelles nous offre l’opportunité d’évoquer la mémoire de cette grande figure politique belge.

La couverture du livre résume l’homme et dit : il fut « wallon, libéral, ministre, bourgmestre de Liège ». Et nous ajouterions : « sénateur et franc-maçon».
Le livre de format 15,5cm x 23,5cm couvre 128 pages avec 24 pages d’illustrations évocatrices. L'auteure s’empresse de dire qu’elle n’est pas historienne ; toutefois elle écrit cette biographie par piété filiale pour livrer ses souvenirs et son témoignage sur les réalisations de son grand-père maternel, ce grand-père qui a plutôt toujours été un « Daddy » parce qu’elle n’a jamais connu son père biologique mort avant sa naissance à la suite d’un accident de moto.
Le livre comprend 9 chapitres qui se suivent, selon un ordre chronologique. Le chapitre 6 consacré au Congo est le plus long : «Le Ministère des Colonies : la grande aventure ». Mais, au fait, bien que son nom soit lancé comme un ‘‘libanga’’ par Kallé Jeff dans la chanson dédiée par l’African Jazz aux participants de la Table Ronde politique de 1960, combien de Congolais connaissent encore aujourd’hui Auguste Buisseret ?
Dans son livre, Mme May Servais Declaye reprend l’une de nos citations : « Dans la colonie (belge, au cours des années 1954-1958) Buisseret fut l’homme politique le plus controversé. Décrié et honni par les Missions catholiques, il était porté au pinacle par les évolués gagnés aux idées libérales. Le ministre fut gratifié par les uns et les autres de titres injurieux et flatteurs : ami sincère des Congolais, bienfaiteur des Noirs, libérateur des Noirs, négrophile. » (p.80).
Qui était Auguste Buisseret ?

Né le 16 août 1888 à Beauraing dans la province de Namur, Auguste Dieudonné Eugène Buisseret est le fils unique d’un régent littéraire qui professait dans les trois premières années du secondaire. Elève très brillant, il fréquente les humanités gréco-latines à l’Athénée de Dinant et poursuit ses études supérieures de droit et de sciences politiques à l’Université de Liège. Une fois obtenu son doctorat en droit, il fait un stage à Paris et devient avocat en 1911. Pendant la première guerre mondiale, il assure la défense de nombreux Belges devant les tribunaux allemands. A l'étranger, il défend des victimes du totalitarisme en Roumanie et en Grèce. Il faut dire qu’il est doué pour les langues et servi par elles. Il est polyglotte, et parle non seulement les deux langues nationales belges, le français et le néerlandais, mais aussi l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien et le russe.
Assez tôt, il s’intéresse au Mouvement Wallon alors qu’il est au lycée. A la veille de la première guerre mondiale il entre au Parti Libéral.
En 1927, il intègre la franc-maçonnerie ; il a 39 ans. Il commence sa carrière politique comme échevin des Finances et des Régions industrielles, puis échevin de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Il est adjoint du Maire libéral.
En 1939, il est élu sénateur de Liège. Au lendemain de l’invasion de la Belgique, il est menacé par les autorités nazies. Arrêté, il réussit à entrer dans la clandestinité et à gagner la Résistance à Londres où il se met au service de plusieurs ministères du gouvernement belge en exil en qualité de conseiller juridique.

Rentré en Belgique en septembre 1944, il devient ministre de plusieurs gouvernements de coalition. Il occupe d’abord le ministère de l’Instruction publique en 1945-1946, ce qui lui permet de diriger la délégation belge à la conférence constitutive de l’Unesco. Il occupe par la suite les ministères de l’Intérieur (1946-1947), et des Travaux publics (1949-1950).
Entre-temps, en novembre 1947, il fut désigné vice-président du Sénat. Il sera réélu sénateur libéral de Liège de 1949 à 1961. Dans la Chambre haute, il était membre de la Commission des colonies ; dans son parti, il était spécialiste des questions congolaises. C’est ainsi qu’il a fait partie de la Mission sénatoriale qui s’est rendue au Congo et au Ruanda-Urundi fin août-fin octobre 1947. Il était Rapporteur des questions liées à l’enseignement. Il est encore revenu au Congo en 1951 et 1953. En mission au Kasaï en 1947, le sénateur Auguste Buisseret fut marqué par un appel du pied des évolués qui réclamaient de façon plaisante dans une chansonnette « à la Belgique chérie une école laïque, pour les garçons et les filles » (p.50).
Dans ce rapport sénatorial de 1947, Auguste Buisseret soulignait les imperfections de l’organisation scolaire de la colonie : un enseignement ségrégationniste avec les enfants blancs d’un côté et les enfants noirs de l’autre, des réalisations qui n’étaient pas à la hauteur des besoins sans cesse croissants du pays, le monopole scolaire détenu par les Missions, l’absence d’un enseignement officiel de caractère laïc pour les Africains, l’instruction insuffisante pour les filles.

Sept ans plus tard, Auguste Buisseret revint au gouvernement dans une coalition gouvernementale socialiste-libérale après les élections législatives du 11 avril 1954. Il occupa le poste de ministre des colonies pendant quatre ans, du 23 avril 1954 au 2 juin 1958. Le gouvernement entendait laïciser l’enseignement en développant les écoles publiques, et en diminuant le financement des écoles confessionnelles en Belgique et au Congo. Le nouveau ministre des colonies entendait appliquer dès 1954 les conclusions du parlementaire envoyé en mission sept ans auparavant.
«Aussi, écrit Mme May Servais Declaye, sa première tâche comme ministre fut-elle de créer, pour les enfants africains et européens, l’enseignement primaire et secondaire officiel dans les territoires sous contrôle » (p.66). Mais en fait, comme l’auteure elle-même le dit quelques lignes auparavant, le ministre libéral Godding avait déjà lancé en 1946 l’enseignement laïque pour les enfants blancs. « Dès septembre 1954, quatre mois après la prise de pouvoir du nouveau ministre, six écoles primaires ouvrent dans les six plus grandes villes, et, pour le niveau secondaire, trois athénées » (pp.66-67)….. « Fait nouveau : les filles congolaises, très faiblement alphabétisées, étaient désormais encouragées à rejoindre les garçons afin de favoriser l’évolution intellectuelle et morale de la femme congolaise » (p.67).
La croissance de l’enseignement laïc fut un pari gagnant. Pourtant, on avait fait courir le bruit que les écoles laïques étaient « les écoles des enfants du Diable qui n’aimaient pas Dieu ». On avait fait courir la rumeur que la mixité des classes entraînerait la création des maternités à côté de ces écoles vu la sensualité des Noirs. Des neuvaines furent même organisées pour la mort de Buisseret !
A la question de savoir si Buisseret était sectaire, Mme May Servais Declaye répond négativement. Elle évoque les rapports harmonieux du ministre avec Mgr Luc Gillon, le bâtisseur de l’Université Catholique Lovanium, et les subsides reçus. Elle rappelle l’assistance accordée à plusieurs religieux par son grand-père.

Toutefois, il faut convenir que l’action d’Auguste Buisseret a fragilisé le mur de la colonisation en brisant l’apparence de l’unanimité coloniale. Avant la création des partis politiques au Congo, les débats et la polémique autour des écoles laïques ont fait naître une conscience politique chez les Congolais regroupés autour de l’Association de l’Enseignement libre et des Amis de l’Enseignement laïque.
A l’exposition universelle de Bruxelles, un mois après le mandat de Buisseret, le représentant des classes moyennes africaines témoigna de métempsycose et des sentiments des Congolais pour l’ancien ministre des colonies : « Tous les noirs pensent, suivant la coutume bantoue, que M. Buisseret serait un de leurs ancêtres qui, après sa mort, aurait été catapulté comme une étoile en Belgique où il est né à nouveau, ceci à cause de sa façon de voir et de comprendre les noirs» (p.78).


RASOIR

«Fiasco», c’est un mot d’origine latine, qui symbolise un échec total ou monumental, qui arrive dans une situation donnée, dans la vie des êtres humains. Hélas !

Le décor planté en ce moment même au sein du microcosme politique de l’opposition laisse entrevoir un fiasco qui, sans aucun doute, serait difficile à effacer d’aussitôt dans les mémoires des congolais lambda. Cela, en perspective du scrutin du 23 décembre 2018, où au regard de ce qui arrive, laisse le couloir au Candidat du FCC. Eh oui, 24 heures ont suffit pour que, sur les sept ténors de l’opposition qui ont fait le déplacement de Genève, deux membres ‘’trahissent’’, au bas mot, le compromis pris à Genève, lequel a propulsé Martin Fayulu Madidi comme candidat commun de l’opposition.

A ce stade, Faudra-t-il encore parler de la trahison venant de la part de Kamerhe et Fatshi ? Le revirement brusque de ces deux leaders de l’opposition, après la pression de leur base respective, est-il vraiment justifié? Que dire du rendez-vous de la Suisse ? Etait-ce un règlement des comptes des trois candidats écartés à la course pour la magistrature suprême, à savoir : Bemba, Katumbi et Muzito, qui auraient choisi un candidat qui plaiderait leur cause ? Que des questions sans réponse. En effet, l’issue des concertations de l’opposition à Genève avait présagé d’ores et déjà les couleurs de prochaines élections qui vont être organisées par la Centrale électorale, sur la capacité des uns et des autres à mettre, chacun, de l’eau dans son vin et d’harmoniser les vues de chaque prétendant, en se mettant ensemble comme il faut, pour gagner les élections à venir.

Toutefois, succombant aux caprices de la base de l’UNC et de l’UDPS, Kamerhe et Tshisekedi se sont désolidarisés des conclusions de Genève, laissant Martin Fayulu avec quelques camarades invalidés, à poursuivre le schéma établi dans la Capitale helvétique. Ainsi, avec cette division spectaculaire, les Opposants laissent passer la chance d’espérer à la victoire finale après le 23 décembre 2018. De l’autre côté, le Front Commun pour le Congo -FCC-, avec sa “machine à gagner”, semble avoir pris une sérieuse avance sur les enjeux électoraux qui se peaufinent à l’horizon.

La Pros.